L’inflation n’est pas une tempête tombée du ciel mais une construction politique, patiemment sculptée par les mêmes mains qui prétendent aujourd’hui vouloir nous sauver. On nous répète que « c’est la conjoncture », que « c’est mondial », comme si les prix se réveillaient chaque matin avec l’humeur capricieuse des forces invisibles du marché. Pourtant, derrière cette fable pour maintenir le public docile, il y a des choix : laisser courir les marges obscènes, subventionner les industries fossiles, protéger les actionnaires. Ce n’est pas une fatalité : c’est un système qui se protège lui-même.
Car au cœur de cette inflation que l’on dit naturelle, il y a l’or noir, toujours lui. Les géants de l’énergie, ces mastodontes trop gros pour être inquiétés, fixent leurs prix comme des seigneurs féodaux. Ils invoquent la « rareté » du pétrole pour justifier des hausses vertigineuses, tandis que leurs profits atteignent des sommets historiques. Ils écrivent l’histoire économique avec leur pipeline, et nos gouvernements, paralysés par leur propre dépendance, s’inclinent. Nous vivons dans une économie où le baril décide du prix du pain, et où personne, semble-t-il, n’ose rompre cette relation toxique.
Sur le terrain, les conséquences sont violentes. Les loyers explosent, les paniers d’épicerie s’allègent, les centres d’hébergement débordent. Une mère rencontrée hier glisse une phrase qui me reste dans la gorge : « Je travaille, mais je n’y arrive plus. » Le capitalisme aime prétendre qu’il récompense l’effort ; l’inflation révèle l’arnaque. Quand même les salaires « corrects » ne suffisent plus, ce n’est pas une crise : c’est une mise à nu. La vie se rétrécit pour les mêmes, tandis qu’elle s’agrandit pour ceux qui spéculent sur notre survie quotidienne.
Il faudrait du courage politique, le vrai, celui qui déplaît aux lobbies et qui sabre les discours creux. Le coût de la vie ne diminuera pas tant que nous resterons attachés au moteur fossile qui brûle notre avenir. Une transition énergétique digne de ce nom implique de reprendre le contrôle : taxer les superprofits, plafonner les prix essentiels, investir massivement dans le renouvelable, reconstruire une économie ancrée dans le vivant plutôt que dans l’extraction. Rien de cela ne se fera en murmurant : il faut affronter ces géants dont les pipelines étranglent encore nos budgets et notre climat.
Et pendant que le statu quo prétend nous protéger, il nous lacère. La vraie question n’est pas « comment survivre à l’inflation ? » mais « pourquoi acceptons-nous qu’elle soit un prétexte pour enrichir les déjà-riches ? ». L’inflation n’est pas un phénomène naturel : c’est une arme politique, et ceux qui la brandissent comptent sur notre résignation. Alors relevons la tête. Exposons la mécanique. Exigeons le changement. Car si l’inflation est construite, elle peut être déconstruite, et son effondrement commencera là où nous décidons enfin de rompre avec l’ordre énergétique qui nous enchaîne.





