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Itinérance à Montréal : Dormir dehors tue, gouverner aussi

Chaque nuit, Montréal se transforme en piège glacé pour des milliers de personnes abandonnées par l’État — des jeunes trans rejeté·es par leur famille, des mères seules sans refuge, des aîné·es broyé·es par le coût de la vie. L’itinérance, visible sous les tentes menaçant le béton et invisible sous les manteaux d’emprunt, n’est pas une fatalité naturelle. C’est le fruit pourri de décennies de politiques d’austérité, de coupures sociales et de cynisme politique institutionnalisé.

Le gouvernement regarde ailleurs pendant que la rue déborde. Les refuges refusent, affichent complet, ferment au petit matin. Québec solidaire, seul parti à oser hausser le ton, réclame 500 places d’urgence avant que d’autres tombent. Mais que fait Legault ? Il temporise. Il nie. Il parle de « perception » pendant que d’autres crèvent. L’hiver arrive toujours trop tôt pour celles et ceux que la société considère comme jetables.

J’ai parlé à Jules, 21 ans, trans non-binaire, qui dort dans une voiture désaffectée avec deux autres jeunes queers. « On est fatigué·es, on veut juste exister quelque part. » Et à Salma, mère solo, virée d’un logement insalubre mais trop cher. « Les listes d’attente s’allongent, les enfants dorment sur mes genoux. » Les récits écœurent. Et pourtant, les politicien·nes les traitent comme des chiffres, des anomalies, pas comme des cris.

Les organismes communautaires jouent les pompiers d’un feu qu’ils ne peuvent plus contenir. Leurs bras sont usés, leurs fonds évaporés. Ceux qui nourrissent, réchauffent, écoutent tiennent un monde au bord du gouffre, pendant que les élites construisent des condos de luxe là où il faudrait des refuges. Chaque centime coupé dans le filet social devient une nuit sur le trottoir.

Nous n’avons pas besoin de compassion stérile ou de promesses vides. Nous avons besoin d’un basculement. D’un modèle qui n’accepte jamais qu’une personne dorme dehors. L’urgence n’est pas que saisonnière — elle est politique, elle est morale, elle est systémique. L’hiver appartient au capital, mais la rue doit redevenir notre terrain de lutte. Car c’est là que la dignité se défend ou s’oublie.

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