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Jeunes en stage, vies en suspens

Ils s’appellent Amir, Léa ou Thomas. À 22 ou 24 ans, ils cumulent déjà plusieurs stages, souvent non rémunérés ou faiblement payés, dans des secteurs où les bras manquent. « Je n’ai plus de logement stable », confie Léa, diplômée d’un BTS en communication, qui alterne missions temporaires et stages renouvelés depuis deux ans. Dans cette époque de « pénurie de main-d’œuvre », les jeunes ne manquent pas, eux. Mais leur enthousiasme semble instrumentalisé, pris dans une logique où la formation devient un outil d’exploitation déguisée.

La promesse d’un avenir longtemps sculptée par la formation s’effrite. Pour Amir, stagiaire en logistique dans une PME en zones industrielles, « ce n’est pas un tremplin, c’est une attente sans fin ». L’entreprise le garde « en test » depuis huit mois, dans l’espoir d’une embauche. Mais derrière l’apprentissage, se cache souvent une autre vérité : celle d’un système où l’on prolonge les stages pour combler les besoins sans s’engager à long terme. La précarité devient le prix à payer pour acquérir ce qu’on nomme désormais « l’expérience minimale exigée ».

Ces parcours cabossés racontent une génération piégée entre promesses et urgences. Thomas, formé comme éducateur spécialisé, a enchaîné deux stages à 35 heures hebdomadaires dans deux structures publiques sans embauche à la clé. « Ce sont les enfants qui m’ont appris le plus », dit-il avec tendresse. Mais il évoque aussi l’épuisement, les heures supplémentaires non reconnues, la solitude. « Je ne peux pas me projeter, je vis au mois le mois. » L’encadrement, quand il existe, est souvent limité à des consignes opérationnelles. Le tutorat humain, le vrai, celui qui construit, a déserté nombre de ces lieux censés former.

Dans cette dynamique, les entreprises se voient parfois comme bienfaitrices — et non comme actrices de l’insertion sociale. Pourtant, en externalisant le risque de l’emploi sur la jeunesse, elles éludent leur responsabilité. Face à cela, les collectivités pourraient jouer un rôle de contre-pouvoir. Mutualiser les postes-tuteurs, soutenir financièrement les tuteurs investis, valoriser les structures qui accompagnent vraiment : autant d’innovations possibles pour redonner du sens à la formation. Car il ne s’agit pas de combler des trous, mais de bâtir des trajets d’émancipation.

Au cœur de ces récits, une clameur silencieuse résonne : la formation ne peut être une ressource gratuite pour pallier les manques. Elle est un pacte républicain, une mission sociale essentielle. Sous les chiffres et les tableaux de bord des DRH, il y a des visages, des espoirs en veille, des nuits sans sommeil. Redonner de la dignité à ces premières expériences professionnelles, c’est reconnaître la jeunesse comme une richesse à cultiver, non une variable d’ajustement. Former plutôt qu’exploiter, c’est faire le choix du futur.

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