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Le glissement autoritaire du Canada : miroir ou mirage démocratique ?

Il fait bon se penser à l’abri quand la maison semble en ordre — surtout face à l’incendie planétaire de l’autoritarisme. Pourtant, à y regarder de plus près, le vernis démocratique canadien craquelle. Au croisement d’un Trumpisme réchauffé, de tensions identitaires recyclées et d’une surveillance numérique de plus en plus gourmande, le pays se retrouve vulnérable aux tentations du contrôle. La question n’est plus « Et si ça arrivait ici ? », mais « Jusqu’où cela s’est déjà insinué ? »

Comparons. Le Brésil de Bolsonaro a ouvert la voie aux attaques contre la presse ; la Hongrie d’Orbán a normalisé la mainmise sur la justice ; même l’Inde de Modi, mère de la plus vaste démocratie au monde, conjugue nationalisme et musellement des ONG. Au Canada, la montée du Parti populaire ou les TrudeauLeaks orchestrés à coups d’algorithmes relèvent d’un même écosystème : une démocratie sous influence, exposée aux reflux globaux de la liberté.

Des signaux faibles deviennent alarmants. Le recours à la Loi sur les mesures d’urgence lors de la crise des camionneurs a soulevé plus de questions que le gouvernement n’a fourni de réponses. Et que dire des pouvoirs grandissants accordés aux agences de renseignement, souvent sans garde-fous démocratiques ? Dans un pays qui se targue de respect des droits, la tentation du contrôle habillé de sécurité reste un glissement dangereux — d’autant plus dangereux qu’il avance masqué.

Face à cela, la résistance se tisse à bas bruit : veillées citoyennes, réseaux autochtones de surveillance des droits, presses indépendantes qui maintiennent le cap quand les médias traditionnels flirtent avec l’uniformité éditoriale. Tout comme en Tunisie, au Mexique ou en Afrique du Sud, la société civile canadienne doit se souvenir que la démocratie est moins un acquis qu’un art de la vigilance. Comme le rappelait récemment un rapport d’Amnesty, « l’autoritarisme naît d’abord de l’indifférence collective ».

Il ne s’agit pas de paniquer, mais de garder les yeux ouverts. Le Canada est peut-être encore loin de l’autoritarisme brut, mais nul pays n’est imperméable à la banalisation du glissement. La démocratie n’est pas une identité nationale qu’on cocherait une fois pour toutes — c’est une pratique fragile. Et dans un monde où l’inégalité politique se mondialise aussi vite que l’économie, la moindre complaisance est une complicité silencieuse.

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