Google claque 1 milliard en Allemagne, Microsoft en lâche 10 au Portugal. Ici, on ferme des écoles, on sabre dans le métro, on regarde les HLM s’effriter. Les géants technos n’investissent plus « chez nous », pas parce qu’on n’est pas assez “innovants”, mais parce que le progrès, maintenant, est un produit d’exportation. Leur nuage ne pleut que là où les bénéfices fiscaux coulent à flot, où l’électricité est verte sur papier et noire de conséquences ailleurs.
Le techno-capitalisme a trouvé son Eldorado : zones franches, subventions publiques, écrasement des normes écologiques. Et chez nous ? On récolte les miettes d’un gâteau cuit dans d’autres fours. Pendant que les profits s’envolent, on nous intime de nous réorganiser, de vivre plus simplement. Mais ce n’est pas par manque de ressources – c’est une gestion choisie du manque. Le progrès fuit comme l’eau d’une canalisation pourrie, et les élu·es nous expliquent qu’il faut apprendre à boire moins souvent.
Ce désengagement, c’est plus qu’un oubli. C’est une stratégie. On compte sur les bibliothèques de quartier, les comités de résidents et les bénévoles fatigué·es pour réparer les fissures. Les grandes structures abandonnent pendant que la base se bat pour tenir. On félicite notre résilience, on maquille notre misère en créativité. Mais la solidarité de terrain ne devrait pas servir de béquille à une trahison étatique endémique.
Les flux d’argent racontent nos priorités collectives. Quand dix milliards partent au sud de l’Europe pour refroidir des serveurs, et zéro pour chauffer nos écoles en hiver, c’est qu’on a choisi un système où les besoins humains passent après les besoins de calcul. Ces centres de données consomment des ressources monstrueuses, d’électricité et d’eau surtout, pendant que nos réseaux d’urgences s’assèchent à vue d’œil. La justice écologique commence en exigeant que ceux qui extraient partagent – pas fuient.
Ce que Google et Microsoft fuient, ce sont nos lois, notre fiscalité, nos exigences. Ce que nous devons fuir, c’est cette idée perverse que la technologie ne sert qu’à enrichir les déjà-riches. Investir ici, c’est rendre des comptes. C’est ouvrir la boîte noire. Nos enfants ne brancheront pas leurs rêves sur des câbles portugais. Ils veulent des écoles solides, des hôpitaux vivants, une planète habitable. Et pour ça, il faudra apprendre à débrancher les géants.





