Camille_2025-11-05_digniteMonte

Métro paralysé, mépris généralisé : la dignité monte en grève

Montréal s’est réveillée engourdie ce matin. Pas à cause du froid, mais du silence mécanique dans les tunnels du métro. D’un cliquetis de roues absent, d’un réseau à l’arrêt, stoppé net par ceux et celles qui le font vivre. Conducteur·ices, mécanicien·nes, agent·es de station : 5 000 salarié·es de la STM sont en grève. Pas par caprice, mais parce qu’on les écrase. Dans une ville qui clame aimer ses transports verts, on méprise ceux qui les maintiennent à flot. Salaire gelé, équipes en sous-effectifs, pressions constantes. La dignité, parfois, prend la forme d’un piquet, d’une pancarte, d’un silence plus politique que mille discours.

Devant les ateliers de Saint-Henri, une travailleuse me confie, regard fatigué, détermination en feu : « On ne peut pas bâtir le futur en humiliant ceux qui assurent le présent. » Ce n’est pas juste une grève : c’est un cri, une révolte face à un système qui parle d’“essentiel” pendant les pandémies, puis délaisse dès que les profits reviennent au centre. Derrière les uniformes, des humain·es enchaîné·es à un rythme cassé, des familles qui ne suivent plus, un pouvoir d’achat qui fond comme neige au bitume. Pendant ce temps, la CAQ joue les gestionnaires froids, et la direction de la STM s’abrite derrière des tableaux Excel. Mais aucun chiffre ne vaut le cœur d’une ville qu’on maltraite de l’intérieur.

Et qui trinque ? Les communautés racisées, les quartiers populaires déjà étranglés par les hausses de loyers, ceux qui bossent à l’aube ou rentrent tard le soir – les invisibles du quotidien. Sans métro ni bus, leur monde s’effondre en silence, comme si la ville se retirait soudain du contrat social. Ce n’est pas juste un conflit de travail. C’est le reflet brutal de l’état lamentable de nos services publics, méthodiquement affamés par des décennies de néolibéralisme, externalisations, et logiques comptables. Les décisions qui devraient nous appartenir sont prises à huis clos, au mépris de celles et ceux qui rendent Montréal respirable.

L’ironie? La grève des transports, c’est une école de solidarité. Les gens redécouvrent que sans ces travailleuses et travailleurs, tout s’arrête. Peut-être que là, quelque chose se réveillera. Car au fond, ce qu’exigent les grévistes, c’est pas juste quelques dollars de plus – c’est la reconnaissance, c’est que le travail humain ne soit plus vu comme un coût à minimiser, mais comme la sève qui tient debout cette métropole. C’est une lutte de classe, métro en surface, contre les coulisses du mépris institutionnel. Elles et ils ne demandent pas la lune. Juste qu’on écoute les mondes qu’ils portent sur leurs épaules.

Ce combat s’étend bien au-delà de la STM. Il fait écho à d’autres batailles : écoles asphyxiées, hôpitaux débordés, logements inaccessibles. La grève est un miroir tendu à toute une société qui a désappris la dignité des mains qui la soutiennent. Et si on veut encore espérer construire un Montréal juste, vert, pour toustes, alors commençons par écouter celles et ceux qui refusent l’humiliation, même au prix de bloquer la ville. Car ce qu’ils remettent en marche, au fond, c’est bien plus qu’un métro – c’est notre conscience collective.

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