Le lot 47. Une maison familiale dans Villeray. Vendue comme un vieux téléviseur oublié dans un sous-sol. À Montréal, les enchères pour non-paiement de taxes explosent — 421 propriétés cette année. Et derrière chaque adresse, des visages qu’on efface : mères célibataires, travailleurs précaires, aînés isolés. Le rouleau compresseur fiscal n’en a cure. Il encaisse. Il déloge. Il détruit.
Nous voilà face à l’ultime absurdité d’un système qui fait du toit un produit de luxe. Les familles victimes de la spéculation sont piégées par des hausses de taxes générées par des rénovictions, des condos à 800 000 $ qui montent la valeur foncière du quartier. D’un coup, payer ses taxes devient un défi. Pas parce qu’on vit au-dessus de ses moyens. Mais parce qu’on a été exclu des moyens de vivre dignement.
« On nous expulse comme si on n’avait jamais existé ici », crache Yasmine, 34 ans, mère de deux enfants, récemment évincée. Elle vivait depuis 12 ans dans sa maison à Hochelaga. Certes, la banque ou la Ville ne sortent pas les locataires à coups de pied. Non, tout est « légitime », tout est papier, sceau, marteau. La violence est feutrée, mais totale. Cette marchandise qu’est le logement mord plus fort quand elle joue à la justice.
Des collectifs comme Droit au Toit réclament un moratoire immédiat sur les ventes pour non-paiement pendant la crise du logement. Leur cri ? « Le droit au logement prime sur les profits de la machine fiscale. » Des actions s’organisent : blocages d’enchères, occupations symboliques, ripostes juridiques. Parce qu’un système qui extrait les maisons de leurs habitants pour nourrir l’alchimie spéculative mérite d’être renversé, pas négocié.
On ne peut pas se contenter de compter les expulsions comme des statistiques tièdes. Chaque vente est une saignée dans le tissu social. Une victoire pour le capital, une perte pour la ville humaine. Montréal vend ses cœurs de quartier au plus offrant. Mais la résistance peut être contagieuse. Et elle commence ici : en refusant que nos vies se jouent à coups de marteau sur l’autel du profit.





