Des discours inclusifs aux sourires diplomatiques polis, Mark Carney vend l’image d’un Canada progressiste sur la scène mondiale : décarbonation, égalité femmes-hommes, partenariats durables… Et pourtant, derrière le rideau de cette éthique glacée fabriquée à l’occidentale, les accords commerciaux sous sa houlette racontent une toute autre histoire. L’encre de la signature canadienne subsaharienne se mêle trop souvent aux barils de pétrole exportés, aux contrats sécuritaires opaques, et aux deals technologiques flous — parfois avec des régimes que même l’Union européenne regarde de travers.
Le dernier blitz diplomatique canadien en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, maquillé en quête de sécurité énergétique, n’est pas sans rappeler le réalignement stratégique post-G20 qu’Emmanuel Macron avait mené en 2023. Application d’intérêts nationaux durs sous couvert de multilatéralisme ramolli. Face aux caméras : un Carney qui parle « d’écoute » et de « résilience climatique ». Mais dans les couloirs, les ONG sonnent l’alarme : des contrats extractivistes signés sans consultation locale, et des leaders autocrates blanchis par les photos de famille du soft power nord-américain.
Les critiques fusent : Amnistie Internationale, Human Rights Watch et même Entraide Canada dénoncent « un divorce croissant entre la diplomatie des valeurs et la pratique du deal ». La politologue nigérienne Safia Abou-Bakr parle de « greenwashing impérial » et d’un reshaping néolibéral du Sahel, paré des couleurs canadiennes. Plus douloureux encore : la coopération sécuritaire avec certaines unités paramilitaires accusées de répression violente au Maghreb et en Afrique centrale. Le Canada vend des drones d’observation, mais ne regarde plus où ils volent.
Ce décalage entre les paroles et les actes n’est, hélas, pas nouveau — mais il devient plus grave dans un monde post-COP30 où le Sud global attend qu’on respecte au moins les promesses. Dans les Andes ou au Sahel, les petits producteurs — souvent des femmes — ne voient ni les investissements promis dans les chaînes alimentaires vertes, ni la « dignité humaine » brandie dans les speeches canadiens au Conseil des droits humains. Ce qu’ils voient : de gros consortiums et des traités dont ils n’ont pas le langage.
Il est ironique que Carney, ex-banquier central à la réputation climatique, exporte aujourd’hui une politique étrangère où le vernis éthique sert de passe-partout à des ambitions classiques : ressources, influence, contrôle. Mais quand le discours féministe écrase le droit des femmes sahéliennes à refuser un pipeline, il n’est plus seulement hypocrite — il devient néocolonial. Rester « gentil » avec des dictateurs pour préserver des routes commerciales ? L’histoire nous dit que ça finit rarement bien. Et surtout, jamais de manière équitable.





