Camille_2025-11-16_PompesFantomesEtProfitsPleins

Pompes Fantômes et Profits Pleins

Harnois Énergies déballe son dernier tour de passe-passe techno : des stations d’essence autonomes, sans humains, sans salaires, sans regard. Ce qu’on nous vend comme une « avancée » n’est qu’un recul masqué — une énième version du vieux rêve capitaliste : remplacer les gens par des machines pour gonfler les marges. Sous les néons froids des stations fantômes, ce ne sont pas des robots qui perdent leur emploi, ce sont des mères, des étudiant·es, des personnes racisées déjà coincées dans les mailles de l’économie précaire.

Personne au gouvernement ne lève un sourcil. Pas un moratoire, pas une étude, pas même un débat. Harnois fait main basse sur l’espace public comme on efface un visage : lentement, mais sûrement. Sous prétexte d’innovation, on liquide des tâches « peu qualifiées » — translation cynique pour dire : des boulots essentiels qu’on préfère ne pas voir. La caisse qui prend tes billets sans dire bonjour, c’est la bouche fermée de la solidarité, cimentée à coups d’algorithmes propriétaires.

« On nous automatise comme on gentrifie un quartier », lâche Laurie, 22 ans, ex-caissière, aujourd’hui au chômage technique à Trois-Rivières. « C’est pas qu’on veut rester dans la misère, mais au moins qu’on en sorte ensemble. » Harnois, lui, sort grandi, encouragé par une politique économique soumise aux intérêts privés, laissant derrière lui des quartiers désertés, des fenêtres couvertes de panneaux « À remettre ». Une entreprise qui mute en hydre numérique, sans cœur mais bardée de capteurs.

L’automatisation, sans redistribution, c’est une violence douce mais assassine. Les machines n’ont pas besoin de pause syndicale, ni de salaire minimum, ni d’empathie. Et au nom de cette prétendue efficacité, on efface les humains. Pas un mot sur la reconversion, pas un dollar pour penser l’après. Ce n’est pas de la modernité, c’est un abandon organisé. Un monde où la dignité disparaît derrière les écrans tactiles, où l’on échange l’accueil contre le bip mécanique de l’obsolescence sociale.

Il faut un moratoire. Une prise de parole collective, radicale, qui revendique le droit de décider ensemble de ce que doit être le travail dans un monde juste. Ce n’est pas à Harnois ni à Amazon de dicter nos vies. C’est à nous, collectivement, de saboter cette fuite en avant. Réoccuper les stations, occuper le débat. Comme un syndicat sans autorisation, soyons les voix qui refusent de se laisser automatiser dans le silence. Après tout, si chaque pompe devient fantôme, où irons-nous faire le plein de dignité ?

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