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Poste Canada : service public en péril

La dernière manœuvre de Poste Canada n’est pas une simple restructuration — c’est une attaque déguisée. Derrière les mots lissés d’« efficacité » et de « viabilité financière », c’est un droit essentiel qui s’effondre, lentement, méthodiquement. La fin progressive de la livraison à domicile cloue au sol les personnes âgées, isole les personnes handicapées et marginalise encore un peu plus les régions rurales, ces territoires que l’État abandonne toujours les premiers. Cela n’a rien d’un accident : c’est l’austérité rampante, maquillée en bon sens budgétaire.

On nous parle d’un modèle dépassé, d’un service à redéfinir. Mais c’est notre imagination sociale qu’on étrangle. Et pendant ce temps, la possibilité d’une poste verte, décarbonée, réinventée pour les besoins du XXIe siècle est volontairement ignorée. Pourquoi ne pas créer une banque postale solidaire, offrir des services communautaires dans les succursales désertées, investir dans des flottes électriques locales ? Parce que l’austérité n’est pas qu’un calcul : c’est une idéologie. Celle qui considère que tout ce qui sert tout le monde doit être rentable ou supprimé.

Car derrière ce plan, on sent l’odeur rance du privé et du profit. Chaque mètre de trottoir que Poste Canada cesse de parcourir est une invitation à Amazon, UPS, FedEx et cie. On externalise. On précarise. Et on fait passer ça pour de la modernité. On préfère payer une note de consultants plutôt que de dialoguer avec les travailleurs et travailleuses qui ont fait vivre le service public, qui en réclament aujourd’hui un avenir différent, plus juste, plus durable. « Ce n’est pas une faillite, c’est un abandon », déclare Laurent, facteur syndiqué de Gatineau.

Les syndicats ne demandent pas la lune, ils demandent de porter le courrier vers un monde habitable. Leur plan repose sur l’humain, pas sur les bilans comptables. Et leur colère n’est pas isolée : elle rejoint celle des soignantes épuisées, des profs ignoré·e·s, des cheminots qu’on pousse vers la porte. Ce qu’on vit, c’est le démontage silencieux et méthodique de l’État social. Ce n’est pas une crise du service postal — c’est une étape de plus dans la normalisation de la privation.

Il est temps de faire du bruit contre cette sourde disparition. Refusons que le facteur devienne un souvenir. Mobilisons-nous pour un service postal du peuple, par le peuple. Collons des affiches, bloquons les fermetures, occupons les bureaux vides et portons ces voix qui disent : chaque lettres compte, chaque rue mérite d’être desservie, chaque visage a droit à un service digne. Ce n’est pas un bout d’histoire qu’on enterre — c’est l’idée même de solidarité partagée.

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