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Pourquoi l’épicerie reste hors d’atteinte

L’inflation globale semble sous contrôle au Canada, affichant un taux annuel de 2,4 % en octobre 2025. Mais pour des millions de ménages, cette statistique ne reflète guère la réalité du panier d’épicerie. Derrière la moyenne se cache un déséquilibre frappant : les prix alimentaires continuent d’augmenter à un rythme deux à trois fois supérieur à l’inflation générale. Des hausses de 6 % sur la viande, 8 % sur les fruits et légumes, et jusqu’à 10 % sur un simple café latté en témoignent. Ce phénomène crée un décalage inquiétant entre les données économiques globales et l’expérience vécue au quotidien.

Les plus durement touchés? Les ménages à revenus modestes et la classe moyenne inférieure. Pour eux, l’alimentation représente une part beaucoup plus importante du budget mensuel. Selon les dernières données de Statistique Canada, les foyers gagnant moins de 60 000 $ par an consacrent environ 17 % de leurs revenus nets à l’alimentation, contre seulement 8 % pour les 20 % les plus nantis. Une augmentation de quelques dollars sur des articles de base a donc un impact disproportionné sur leur pouvoir d’achat réel.

Les salaires, eux, progressent au ralenti. L’indice salarial horaire n’a crû que de 2,7 % sur la dernière année — à peine au-dessus de l’inflation globale, et largement en deçà de celle des denrées alimentaires. Résultat : une stagnation du pouvoir d’achat qui ne se voit pas dans les grands indicateurs économiques, mais qui se vit intensément à la caisse du supermarché. Ce déficit de croissance salariale, surtout dans les services, l’éducation et la santé, empêche toute reprise tangible du confort de vie pour les populations les plus vulnérables.

Historiquement, ce type d’inflation asymétrique n’est pas sans précédent. Dans les années 1990 et au début des années 2010, des hausses localisées sur l’essence et l’alimentation ont eu des effets similaires : une “inflation ressentie” plus forte que celle documentée. Mais la durée et la fréquence de ces hausses, aujourd’hui, la rendent plus insidieuse. Elle nourrit un sentiment généralisé d’insécurité économique, accru par l’accès limité aux logements abordables et aux services publics.

Pour reconnecter indicateurs et terrain, les politiques économiques devront aller au-delà des moyennes. Indexer certaines aides sociales à un panier alimentaire réel, soutenir la production locale pour casser les chaînes d’approvisionnement fragiles, et réévaluer notre grille d’analyse de l’inflation sont des pistes nécessaires. Car tant que le simple geste de faire l’épicerie devient un casse-tête budgétaire, on ne pourra parler de stabilité retrouvée.

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