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Pourquoi l’inflation ressentie frappe plus fort les ménages

Officiellement, l’inflation au Canada tourne autour de 3,4 % selon Statistique Canada. Pourtant, dans nos portefeuilles, elle donne l’impression de galoper. Ce décalage n’est pas une illusion — il découle des limites des instruments statistiques actuels. L’indice des prix à la consommation (IPC), qui mesure l’inflation, s’appuie sur un panier moyen de biens. Mais ce panier reflète peu les priorités de dépenses réelles des ménages modestes, notamment les coûts du logement, de l’épicerie et du transport, qui augmentent souvent plus vite que l’IPC global.

Depuis deux ans, le prix du logement a bondi de près de 9 % dans certaines régions, tandis que les produits alimentaires de base — pain, fruits, produits laitiers — ont affiché des hausses cumulées de plus de 15 %. Pour un couple avec enfants ou un retraité avec une pension fixe, ces hausses redéfinissent leur quotidien bien plus que ne le suggère une moyenne nationale pondérée. Une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) indique que le budget des ménages consacrés aux besoins essentiels a augmenté deux fois plus rapidement que l’IPC standard depuis 2021.

Ce que les chiffres officiels ne saisissent pas toujours — et que les syndicats ne cessent de rappeler — c’est que l’inflation n’est pas ressentie de manière égale. Les ménages à faible revenu consacrent davantage de leur budget aux dépenses incompressibles. Ainsi, une hausse de 10 % du panier d’épicerie pèse bien plus lourd sur un salarié au salaire minimum qu’un professionnel au revenu aisé. Les propositions d’indexation ciblée des salaires et des pensions sur les postes de dépenses réels — pas seulement sur l’IPC global — visent à rétablir cet équilibre inégal.

Ces revendications syndicales s’inscrivent dans une tendance mondiale. En Allemagne, certaines conventions collectives incluent désormais une clause d’ajustement automatique basée sur l’inflation alimentaire. Au Québec, la FTQ propose que le revenu minimum viable tienne compte des variations régionales du coût de la vie. Des chercheurs de l’UQAM ont récemment recommandé une refonte de l’IPC pour intégrer des données dynamiques sur les habitudes de consommation par décile de revenu, offrant une lecture plus fine, plus juste.

Comprendre cette fracture entre inflation mesurée et inflation ressentie, ce n’est pas tomber dans l’émotion; c’est prendre acte des angles morts d’un outil statistique conçu pour l’ensemble, mais souvent aveugle aux écarts de réalité. Si l’on souhaite que les politiques publiques et salariales répondent véritablement aux besoins, il faut que les chiffres se rapprochent un peu plus des vies. Là où l’économie rencontre le quotidien, la rigueur doit rencontrer l’empathie.

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