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Précarité énergétique : Gel, colère et abandon politique

Un vent glacial souffle sur les rues du Québec, et dans les salons où grelottent des enfants emmitouflés sous des couvertures trouées, c’est encore pire. Ce n’est pas juste l’hiver qui mord — c’est un système qui laisse crever les gens à petit feu. Cet hiver, la facture de chauffage est montée en flèche, et avec elle, la colère. Les ménages paient pour les décennies d’inaction climatique, pendant que les politicien·nes s’engluent dans l’immobilisme. Le froid, c’est maintenant une affaire de classe.

Chez les Boulanger à Trois-Rivières, il fait 14°C dans la cuisine. “Mon chum dort avec une tuque”, raconte Marie-Lou, travailleuse précaire et mère de deux enfants. Son loyer inclut l’électricité, mais pas assez pour survivre à -30°C. Elle ne sait plus quoi couper : les couches ou la nourriture chaude. Cette scène se répète de plus en plus, surtout dans les quartiers délaissés, les logements mal isolés, les familles oubliées. C’est ça, la précarité énergétique qu’on tait trop souvent.

Que fait l’État pendant ce temps-là? Il s’en remet au « marché ». Attendre qu’Hydro-Québec augmente l’offre, subventionne un peu par ici, privatise par là. Mais pas un mot sur un vrai plan d’attaque. Rien pour un programme de rénovations écoénergétiques massif, gratuit, universel. Rénover les logements, isoler les murs, remplacer les systèmes de chauffage : c’est une question de dignité et de survie. Mais au lieu de ça, on gèle et on paie, pendant que les grandes compagnies engrangent les profits du pétrole et du gaz.

Ce n’est pas une fatalité. Des groupes comme le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ou la Coalition Sortons le gaz réclament depuis des années une transition juste qui inclut les plus vulnérables. “On traite le climat comme une affaire technique, alors que c’est une urgence sociale”, tonne Mélanie Caron, militante à Sherbrooke. L’écojustice, ça veut dire que personne n’ait à choisir entre se chauffer et manger. Ça veut dire réparer les injustices passées. Ça veut dire du courage politique, ici et maintenant.

Il est temps de transformer l’hiver en révolte. De brûler les illusions de croissance infinie qui nous laissent dans le gel. De forcer l’État à cesser de gérer la misère et à construire un avenir respirable pour toutes et tous. Ce froid n’est pas naturel : c’est celui d’un abandon programmé. Brisons les fenêtres d’indifférence, et isolons les foyers. Exigeons un Québec chauffé à la justice, pas à la résignation.

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