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Prison ou prévention : le prix de l’inaction

Le dernier rapport de l’enquêteur correctionnel du Canada, Ivan Zinger, dresse un constat alarmant : les services carcéraux du pays sont devenus des dépotoirs institutionnels pour les personnes en détresse psychologique. Plus de 60 % des détenus fédéraux vivent avec un trouble mental diagnostiqué, un taux en forte hausse par rapport à la décennie précédente. Cet engrenage entre santé mentale et incarcération génère une souffrance humaine évitable, mais aussi une spirale budgétaire inefficace dont les contribuables paient le prix fort.

Selon le ministère de la Sécurité publique, détenir un individu dans un établissement fédéral coûte en moyenne 125 000 $ par an, montant qui grimpe à plus de 200 000 $ pour les structures à sécurité maximale. À l’inverse, de multiples études canadiennes et européennes chiffrent les coûts d’un accompagnement communautaire en santé mentale entre 25 000 $ et 45 000 $ par an, incluant logement supervisé, soins psychologiques et encadrement. En bref, pour chaque personne atteinte de troubles mentaux sévères, on pourrait offrir un soutien digne à un quart du coût de son incarcération.

Des États comme la Norvège ou les Pays-Bas ont depuis longtemps effectué ce virage. En misant sur la prévention, les tribunaux de traitement de la toxicomanie, les services de psychiatrie judiciaire et les alternatives à l’incarcération, ils ont réduit leur population carcérale tout en améliorant les indicateurs de sécurité publique. Ces modèles démontrent qu’investir dans la santé mentale n’est pas un luxe social, mais une stratégie de gouvernance rationnelle et économiquement efficiente.

À court terme, notre modèle actuel peut paraître politiquement payant : « enfermer » comme réponse rapide à la marginalité. Mais à moyen terme, cette approche reproduit les traumatismes, alourdit les coûts publics et sabote toute perspective de réinsertion. En refusant d’agir, on accepte implicitement que la prison serve d’hôpital de fortune, au mépris de toute efficacité thérapeutique et budgétaire. Ce choix de non-politique a un coût colossal — humainement d’abord, fiscalement ensuite.

Faire mieux n’exige pas de réinventer le monde, mais de s’inspirer des exemples qui fonctionnent et de miser sur l’intersectorialité : logement, santé, justice. Il est temps de rediriger une partie des budgets carcéraux vers des programmes différenciés, encadrés, évalués. Parce qu’à l’intersection de la justice sociale et de la rigueur économique, il existe un chemin lucide : celui d’un système qui soigne au lieu d’enfermer. Et qui, surtout, calcule au-delà du court terme.

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