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Prix de l’essence à 2 $ : taxe régressive sur les pauvres

Le litre d’essence a repassé le cap des 2 $ dans le Grand Montréal cette semaine, et ce n’est pas qu’un chiffre qui clignote sur les panneaux des stations-service. C’est une ponction directe dans les poches de celles et ceux qui n’ont jamais eu le luxe de choisir leur mode de transport. Pendant que les élites urbaines pédalent vers leurs cafés artisanaux, des milliers de travailleuses de Laval, de préposés de Longueuil et de familles monoparentales de la Rive-Sud se serrent la ceinture pour remplir le réservoir. Cette hausse n’est pas un accident de marché : c’est le symptôme d’un système qui a construit notre dépendance au pétrole, puis nous fait payer pour cette dépendance comme si c’était un vice personnel.

Martine, préposée aux bénéficiaires à Laval, dépense désormais 120 $ par semaine en essence pour se rendre au CHSLD où elle travaille. Son salaire de 22 $ l’heure ne suit pas l’inflation du carburant. « Je fais 80 km par jour, il n’y a pas d’autobus qui fait mon trajet avant 6 h du matin. Je pars à 5 h 30, alors l’auto, c’est pas un choix, c’est une obligation », explique-t-elle. Comme elle, des centaines de milliers de Québécois·es vivent cette réalité : un réseau de transport en commun défaillant, des horaires incompatibles avec le travail atypique, et une géographie urbaine étalée qui fait de la voiture non pas un confort, mais une nécessité. La hausse de l’essence devient alors un impôt régressif que les plus pauvres paient proportionnellement plus cher.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un impôt invisible, non voté, qui frappe d’abord ceux qui n’ont pas les moyens de s’en protéger. Les ménages à faible revenu consacrent jusqu’à 15 % de leur budget au transport, contre 8 % pour les plus riches, selon l’Institut de la statistique du Québec. Chaque cent de plus au litre, c’est un repas de moins, une activité annulée pour les enfants, un stress supplémentaire. Pendant ce temps, les pétrolières engrangent des profits records et les gouvernements refusent de toucher à leur modèle fiscal centré sur la bagnole. La taxe sur l’essence rapporte des milliards, mais combien de ces milliards retournent en transport collectif gratuit, en train de banlieue, en pistes cyclables sécuritaires ?

L’urgence climatique exige qu’on sorte du pétrole, mais cette transition ne peut se faire sur le dos des classes populaires. Augmenter le prix de l’essence sans offrir d’alternative accessible, c’est punir les victimes d’un système qu’elles n’ont pas choisi. Il faut un plan de transport public massif : trains de banlieue 24/7, autobus gratuits, infrastructures cyclables protégées, covoiturage subventionné, et surtout, une réorganisation du territoire qui rapproche travail et logement. Les organisations écologistes et syndicales le répètent depuis des années : la justice climatique ne se fera pas sans justice sociale. L’une ne peut exister sans l’autre.

Alors que les compteurs des pompes grimpent à 2,10 $, 2,15 $ le litre, l’heure est venue de nommer les responsables : les gouvernements qui ont privilégié l’étalement urbain, les entreprises qui ont saboté le transport collectif pour vendre plus d’autos, les pétrolières qui ont menti sur le climat pendant 50 ans. Et l’heure est venue d’exiger mieux. Un réseau de transport gratuit et universel, financé par la taxation des superprofits et des grandes fortunes. Des quartiers vivables sans voiture. Une transition juste qui ne laisse personne sur le bord de l’autoroute. Parce que l’essence à 2 $, ce n’est pas juste un prix : c’est un choix politique. Et on peut en faire un autre.

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