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Problèmes ARC : colmatage temporaire ou vraie réforme?

Au lendemain de l’annonce de l’embauche de 1700 employé·es à l’Agence du revenu du Canada (ARC), l’objectif est clair : désengorger une machine fiscale rouillée avant la saison des impôts. Cette opération massive vise à répondre à l’insatisfaction des contribuables liée à des délais intenables, des appels sans réponse et des erreurs coûteuses. Bien qu’indispensable à court terme, cette mobilisation éclaire surtout le mal profond d’un appareil fiscal miné par des années de compressions budgétaires et de sous-investissements structurels.

Les données internes de l’ARC révèlent que le ratio de personnel par contribuable a diminué de près de 15 % en une décennie. Or, dans cette même période, les missions confiées à l’agence se sont multipliées : soutien aux mesures COVID, détection accrue de fraude fiscale, virage numérique, etc. Résultat? Une surcharge chronique pour les salarié·es, une baisse de moral et une perte de compétence institutionnelle. Ce ne sont pas seulement les contribuables qui attendent; ce sont aussi les fondations de notre justice fiscale qui s’effritent.

Le cas de l’ARC n’est pas isolé. Il reflète une tendance plus vaste au sein de l’administration publique fédérale, où l’efficience budgétaire à court terme a trop souvent remplacé la planification à long terme. En 2025, selon Statistique Canada, plus de 22 % des appels entrants vers des services fédéraux n’ont reçu aucune réponse humaine, un sommet historique. Ce n’est pas une question d’inefficacité individuelle, mais de moyens collectifs déconnectés des besoins actuels.

En investissant de façon ponctuelle, on colmate les brèches sans consolider la structure. Ce dont le Canada a besoin, c’est d’un cadre pérenne de financement de ses fonctions fiscales essentielles. Cela passe par des investissements stables et proportionnés dans les ressources humaines, un renforcement de la formation continue et une décentralisation partielle des services pour mieux desservir les régions. Cela implique aussi de revoir le mode de gestion en injectant plus de prévisibilité et de participation syndicale dans les décisions organisationnelles.

Assurer la justice fiscale, ce n’est pas seulement taxer équitablement : c’est garantir que chaque citoyen·ne peut interagir efficacement avec l’État. Sans un appareil administratif robuste et équitable, même les meilleures lois restent lettre morte. Redonner souffle à l’ARC, c’est donc une question de confiance démocratique au même titre que de saine gestion publique. À nous maintenant de faire rimer efficacité avec équité — et non avec austérité déguisée.

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