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Projet immobilier Québec : condos sans logements sociaux

500 millions. 2000 logements. Une annonce enflée d’ambition, voilée de promesses creuses. Le nouveau projet immobilier à Québec, salué par les investisseurs comme souffle de modernité urbaine, masque en réalité un vieux refrain néolibéral : la ville, vendue morceau par morceau au plus offrant, sans une seule garantie écrite de logements sociaux. Densification, dit-on. Mais pour qui ? Une fois encore, le béton monte, pendant que les loyers explosent et que les pauvres déguerpissent.

« C’est pas pour nous qu’ils construisent, c’est pour ceux qui arrivent avec leur portefeuille plein », lance Fatima, résidente du quartier Saint-Sauveur depuis 22 ans. Elle regarde les affiches du promoteur, les sourires photoshopés et les slogans verts comme de la peinture qui coule sur des murs déjà fissurés. Car il faut le dire : verduriser sans garantir l’accès, c’est repeindre la gentrification en vert. On l’appelle “gentrification écologique” : un joli vernis environnemental sur des politiques d’exclusion sociale.

Le gouvernement Legault parle d’un Québec « moderne, durable, attractif ». Mais derrière ce storytelling blanchi aux dollars, ce sont des intérêts privés qui dictent l’agenda urbain. Pas une ligne sur un quota de logements abordables — rien. Zéro transparence sur les prix de location à venir. Des promoteurs heureux, des élu·es muet·tes. On densifie, certes, mais on densifie l’opportunisme, pas la justice. Et pendant ce temps, les coopératives et les OSBL d’habitation crient dans le vide, faute de moyens et de soutien politique.

« On veut rester, pas résister », résume Thomas, militant au Front d’action populaire en réaménagement urbain. Pourtant, c’est bien ça qu’on leur impose : une bataille quotidienne contre des projets géants qui les ignorent. L’indignation monte le long des grues qui s’élèvent, chaque étage en plus marquant un pas de plus vers une ville réservée à l’élite. On parle d’une “ville pour demain”, mais ce demain ne tolère pas les revenus modestes, encore moins les rêves solidaires.

Il est temps d’arracher les masques des faux Éden de condos. Il est temps qu’on comprenne que densifier, oui, mais seulement si cela inclut les plus précaires en premier. Pas après, pas peut-être. Maintenant. Québec n’a pas besoin d’un énième quartier signature, elle a besoin de justice spatiale. Refuser que la ville devienne un produit de luxe n’est pas un caprice radical — c’est une survie collective. Et elle commence ici, sur chaque terrain convoité, chaque voix habitante ignorée, chaque mur tagué : “Nos rues, nos vies, nos choix.”

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