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Protectionnisme americain Canada : une analyse des tensions relancées par Washington

Washington a relancé cette semaine sa machine protectionniste, en ajoutant le Canada à la liste déjà longue des pays soumis à enquête commerciale. Un geste qui, pour beaucoup d’observateurs, dépasse largement les enjeux techniques. Derrière les mots feutrés sur la « défense de l’industrie nationale » se rejouent les vieux réflexes d’un pouvoir américain qui, en période électorale, aime désigner des coupables extérieurs. Cette fois, Ottawa se retrouve dans une position familière pour les économies du Sud global : celle du partenaire soudain accusé d’être trop compétitif pour le confort politique de Washington.

Pourquoi le Canada maintenant ? Les économistes que j’ai interrogés évoquent une convergence de facteurs : une pression des lobbys industriels américains, une remontée des prix dans certains secteurs stratégiques et, surtout, une volonté de l’administration Trump de montrer les muscles face à un voisin qui, contrairement à la Chine ou au Mexique, ne peut pas être diabolisé sans nuance. Cela transforme le Canada en cible idéale : assez proche pour servir d’exemple, mais suffisamment vulnérable pour ne pas provoquer un séisme diplomatique majeur. Un expert de l’ONG TradeWatch me confiait d’ailleurs que « Washington s’en prend toujours à ses alliés lorsque les grands adversaires deviennent trop coûteux à affronter ».

Les impacts potentiels sont loin d’être anecdotiques. Des milliers de travailleurs des secteurs du bois, de l’aluminium ou encore de l’agroalimentaire pourraient voir leurs chaînes d’exportation ralenties, renégociées ou suspendues. Dans les zones frontalières, où les flux économiques se vivent au quotidien, l’inquiétude est palpable. Un syndicaliste de Windsor m’expliquait que « la frontière, c’est notre boulevard de survie : quand Washington éternue, on se retrouve au chômage technique ». Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement une querelle commerciale, mais une reconfiguration des liens qui structurent la vie économique de millions de personnes.

Cette stratégie américaine rappelle étrangement le traitement réservé à d’autres pays au cours des dernières années : le Brésil pour l’acier, l’Inde pour les produits pharmaceutiques, ou encore la Tunisie pour certains biens textiles. Une géographie des tensions se dessine, où les États-Unis appliquent une logique unilatérale, oscillant entre calcul électoral et protectionnisme doctrinal. La différence, cette fois, est que la cible n’est plus un pays du Sud mais un allié G7 — ce qui révèle à quel point la politique commerciale américaine se soucie peu de loyauté et encore moins de cohérence. Comme me le disait un chercheur marocain spécialisé dans les dynamiques commerciales Nord-Sud, « le pouvoir de Washington réside dans sa capacité à traiter tout le monde comme un partenaire remplaçable ».

Face à cette offensive, les réactions se multiplient : prudentes à Ottawa, alarmées à Bruxelles, fatalistes dans plusieurs capitales du Sud qui connaissent bien la chanson. Les experts internationaux appellent à un dialogue ferme mais constructif, bien que l’expression fasse sourire ceux qui observent depuis longtemps les relations asymétriques du commerce mondial. Cette affaire rappelle que l’interconnexion globale n’empêche pas les rapports de force, elle les rend simplement plus visibles. Et si le Canada découvre aujourd’hui la rugosité du protectionnisme américain, il rejoint en réalité une longue file de pays confrontés à la même logique. Le monde est connecté, oui — mais l’inégalité, elle, circule encore plus vite.

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