Camille_2026-03-07_Quand_la_guerre_nous_envoie_la_facture

Quand la guerre nous envoie la facture du prix du pétrole

La guerre qui ravage l’Iran n’est pas seulement un brasier géopolitique lointain: c’est une main invisible qui soulève les prix du pétrole et étrangle les budgets des familles québécoises et canadiennes. Dans chaque facture d’essence, dans chaque livraison majorée, dans chaque facture de chauffage qui grimpe encore en mars, on retrouve l’empreinte brûlante des missiles. Ce conflit, présenté comme une fatalité, sert pourtant surtout de prétexte pour permettre aux géants pétroliers d’augmenter leurs marges, sous le regard mi-complice, mi-impuissant de gouvernements qui jurent la transition verte la bouche pleine mais comptent les barils comme on compte les votes.

Ce qui frappe, c’est à quel point les ménages sont piégés dans une architecture économique pensée pour qu’ils paient toujours l’addition. On parle beaucoup de résilience, de “faire attention à son budget”, d’austérité nécessaire — mais jamais de la dépendance structurelle qui fait du pétrole un organe vital de notre société. Quand le prix du baril explose, tout le reste suit: le transport, l’alimentation, les loyers, même les transformations immobilières déjà complexes dans nos centres-villes. Pendant ce temps, nos dirigeants murmurent qu’il faudra « serrer la ceinture », comme si leur propre ceinture n’était pas faite de cuir importé par jet privé.

Le fossile gouverne encore nos vies, et ce n’est pas un hasard: ce sont les multinationales — ces mastodontes qui échappent à l’impôt plus vite qu’un poulet douteux traverse une frontière — qui dictent le tempo. Elles profitent de la crise pour justifier leurs hausses, alors que leurs profits battent des records. Et comme si ce n’était pas suffisant, elles se drapent d’un storytelling vert, sponsorisant conférences et publicités, pendant que les infrastructures réellement nécessaires à la transition végètent, sous-financées. La contradiction entre le discours officiel et les actes tangibles n’est plus une fissure: c’est un ravin.

La vérité qui dérange, celle que nos élites préfèrent contourner, c’est que la dépendance au pétrole est un choix politique entretenu depuis des décennies. Chaque fois que l’on refuse d’investir massivement dans le transport collectif, dans la rénovation écologique des bâtiments, dans l’agriculture de proximité ou dans une reconception des villes, on renforce les chaînes qui nous attachent au baril. Et quand la guerre éclate, quand les routes maritimes s’enflamment, quand les prix bondissent, ce sont les populations déjà fragilisées — locataires précaires, familles monoparentales, jeunes endettés — qui encaissent le choc. Le marché, lui, continue d’applaudir.

Ce moment devrait être celui d’un réveil démocratique. D’un refus collectif de se laisser gouverner par une énergie qui détruit tout — les écosystèmes, les droits humains, la paix, le portefeuille. Si les gouvernements ne peuvent pas ou ne veulent pas remettre en question le pouvoir des multinationales fossiles, alors c’est à nous d’imposer le virage: sur les places publiques, dans les rues, dans les urnes, dans les assemblées citoyennes qui poussent partout au pays. Car au fond, la vraie question n’est pas combien coûte le pétrole aujourd’hui, mais combien nous sommes prêts à payer demain si nous continuons à laisser la guerre et le capital dicter la politique énergétique d’un peuple qui n’a jamais voté pour ça.

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