On nous répète que tout cela n’est qu’une crise passagère, un « ajustement » du marché de l’énergie. Mais derrière les discours lissés s’ouvre une fissure béante : notre dépendance aux énergies fossiles révèle une vulnérabilité écologique et économique que le pouvoir refuse encore de nommer. Chaque secousse des marchés pétroliers ou gaziers se transforme en onde de choc sociale, rappelant que notre modèle repose sur un sol instable, saturé d’émissions et d’inégalités. La fissure n’est pas nouvelle, mais elle s’élargit, et il serait temps de cesser de la maquiller.
Car la vérité, brute et brûlante, c’est que les fossiles ne sont pas seulement un carburant : ils sont une chaîne. Tant que l’économie reste verrouillée sur ce système, la transition verte avance avec des poids aux chevilles. Les infrastructures, les investissements, les subventions publiques continuent de renforcer l’ordre ancien, empêchant l’émergence d’un avenir respirable. On parle de verdir, mais on construit encore du gris. On promet de transformer, mais on protège d’abord les rentes de ceux qui profitent du statu quo, tandis que les plus vulnérables paient le prix du retard.
Et ce sont toujours les mêmes corps qui encaissent. Jeunes précaires, familles isolées, ménages populaires : ce sont eux qui subissent la hausse des factures, les passoires énergétiques, les transports hors de prix. Pour toute une génération déjà frappée par la crise climatique et l’inflation, la dépendance fossile n’est pas une abstraction technique mais une menace quotidienne. Dans les manifs, j’entends souvent cette phrase : « On ne veut pas juste survivre. » Elle résonne comme un verdict contre un modèle qui étouffe les possibles avant même qu’ils naissent.
Face à cette spirale, l’État continue pourtant de s’éclipser là où il serait attendu. Pas de vision, pas de courage, seulement des mesurettes calibrées pour ne fâcher ni les industriels ni les spéculateurs. L’ambition manque, volontairement. On gère le symptôme au lieu d’arracher la racine. Les responsables politiques se réfugient derrière des scénarios technocratiques pour éviter de nommer ce qu’exige la réalité : un renversement profond de l’organisation économique et énergétique. Mais la neutralité, en temps de crise écologique, est déjà un choix politique — celui du renoncement.
Alors oui, le système se fissure. Mais dans chaque fissure peut naître une brèche. La question n’est pas de réparer un modèle abîmé, mais de le remplacer par un autre, fondé sur la justice climatique, la sobriété partagée et la démocratie énergétique. Les mouvements de rue, les collectifs locaux, les jeunes qui bloquent les universités l’ont compris depuis longtemps : on ne changera pas le monde sans changer les règles du jeu. Si l’on veut encore respirer demain, il est temps d’oser aujourd’hui.





