Parse-clean-Single-post12.item_.json_.imageName-1-250

Quand l’investissement porno IA capte nos retraites | Analyse critique

Un récent billet du Journal de Montréal a révélé que le fonds de pension OMERS, qui gère plus de 125 milliards $ pour les employés municipaux de l’Ontario, a investi dans xAI, l’entreprise d’intelligence artificielle fondée par Elon Musk. Ce choix d’investissement, loin d’être anodin, mérite d’être examiné à la loupe. Car xAI, par l’entremise de son outil Grok, alimente aussi une industrie émergente de contenus synthétiques hypersexuels, mêlant hypertrucages et absence totale de consentement réel. Derrière chaque dollar investi, ce sont des travailleuses et travailleurs retraités dont les épargnes sont, sans le savoir, liées à une technologie qui défie les normes éthiques les plus élémentaires.

Grok, le produit phare de xAI, est un chatbot alimenté par des milliards de données, dont une part provient d’espaces peu ou mal modérés, voire volontairement transgressifs, comme des forums ou plateformes de pornographie. Bien que la technologie de génération instantanée de texte et d’image soit impressionnante, elle sert désormais à créer des contenus sexuellement explicites mettant en scène des figures publiques ou des avatars personnalisés à caractère « réaliste ». Or, contrairement à des usages productifs en santé ou en éducation, cette orientation vers l’hypersexualisation automatisée soulève d’importants risques sociaux, notamment en termes de consentement, de violence genrée et même de dépendance comportementale.

Là où le bât blesse, c’est dans la zone grise réglementaire actuelle. Le Canada accuse un net retard en matière de règles encadrant l’utilisation de l’intelligence artificielle, particulièrement dans les domaines de l’image générée et des droits à l’image. Ni les institutions de retraite, ni les gouvernements n’obligent à une vérification éthique approfondie des placements technologiques. Cela nous mène à une forme de financiarisation de l’inaction : parce que ces technologies sont prometteuses sur les plans des rendements à court terme, on tolère l’opacité de leur direction morale. Pourtant, une société progressiste ne peut sous-traiter ses principes à la rentabilité algorithmique.

Ce flou éthique met également en péril la confiance du public dans les régimes de retraite. Comment justifier auprès de contribuables et cotisants que leur argent finance, indirectement, une industrie fondée sur la marchandisation synthétique des corps? Les régimes à prestations déterminées comme celui d’OMERS reposent sur un contrat social : celui d’assurer une sécurité financière digne pour les aînés. Ce contrat est fragilisé lorsque les orientations d’investissement semblent à mille lieues des valeurs que les retraités ont incarnées dans leur vie professionnelle.

Il est temps d’imaginer des mécanismes innovants pour réconcilier rendement et responsabilité. Un encadrement plus rigoureux des caisses de retraite – incluant des comités citoyens et éthiques d’orientation – pourrait offrir un contrepoids indispensable aux décisions d’investissements purement spéculatives. Des balises fédérales sur les usages admissibles des technologies financées publiquement seraient aussi un pas vers une IA alignée sur le bien commun. Finalement, rediriger les fonds vers des technologies soutenant la transition écologique ou le soin intergénérationnel, préserverait ce que les retraites ont toujours voulu dire : dignité, sécurité et solidarité.

PARTAGER CET ARTICLE