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Qui écrit l’avenir des peuples ? | Analyse politique de Tariq

Dans le théâtre global des interventions et des coups d’État « assistés », une question demeure obsédante : qui décide du futur des peuples ? Des plateaux TV parisiens aux think-tanks de Washington, on célèbre trop vite la « victoire contre le socialisme » comme une évidence historique, en oubliant tout ce que ce mot a pu signifier pour les peuples du Sud — émancipation, accès à l’éducation, souveraineté alimentaire. À chaque fois, le même scénario : un système imparfait mais redistributif est renversé au nom de la « liberté », puis remplacé par un ordre néolibéral, bien emballé, mais fatal pour les petites mains du monde. Et rarement, les peuples en question sont invités à écrire leur futur eux-mêmes.

Regardons le cas du Sahel, où les régimes changent sous influence, pendant que Paris et Moscou se disputent les galons postcoloniaux. Qui profite vraiment de ces nouvelles alliances ? Les communautés locales ? Les jeunes sans travail ? Les mères qui enterrent leurs enfants en silence ? Ou bien une élite reconvertie en sous-traitant du nouvel ordre ? La « fin du socialisme » n’a presque jamais profité aux masses populaires ; elle a surtout ouvert les vannes à la privatisation brutale, à la mainmise sur les matières premières, et à l’étouffement des mouvements syndicaux. Bref, une victoire déguisée — pour qui ? Pour les marchés, les mercenaires, les multinationales — certainement pas pour les peuples.

L’impérialisme, jadis militaire, s’est recyclé. Il parle aujourd’hui en projets de développement, conférences partenaires, et smart cities. Mais derrière les PowerPoints du FMI se cachent encore les logiques de domination : conditionnalités, dette, ingérence jusque dans le tracé des politiques publiques. On vend des réformes miracles tout en imposant des budgets d’austérité qui étranglent les services sociaux. Même les nouveaux soudains amoureux de l’Afrique — qu’ils s’appellent Pékin ou Ankara — ne rompent pas avec le modèle : ils l’imitent, à leur sauce. Les puissances changent, l’asymétrie, elle, demeure.

C’est là que la solidarité transnationale trouve tout son sens. Quand des syndicalistes tunisiens s’organisent avec les dockers marseillais pour bloquer les livraisons d’armes, quand les réfugiés afghans manifestent à Athènes aux côtés des sans-papiers soudanais, ce sont les contours d’un autre monde qui s’esquissent. Un monde qui ne passe pas par les chancelleries, mais par les alliances entre les exilé·es, les minorités, les travailleuses précaires. Ce monde-là ne demande pas à qu’on lui rédige un plan stratégique depuis Bruxelles. Il construit un futur basé sur l’accueil, la démocratie locale, les solidarités concrètes — ici, maintenant, à contre-courant des agendas impériaux.

Alors, la prochaine fois qu’on nous parlera de changement de régime, de « transition démocratique » ou de « victoire idéologique » à exporter, peut-être faut-il demander : où sont les peuples dans cette équation ? Que veulent-ils, eux ? La démocratie ne se fait pas à coup de drones, ni de plans de restructuration ; elle se fabrique dans les luttes longues, fragiles, enracinées. Et ces luttes, d’Alger à Buenos Aires, de Ramallah à Marseille, nous concernent toutes et tous. Car un monde connecté par l’exploitation appelle une solidarité tout aussi globale. L’histoire ne devrait pas toujours être écrite par le haut. Il est temps d’interroger la main qui tient le stylo.

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