La rame file, brillante, quasi silencieuse. Une prouesse technique, nous dit-on. Une « merveille », souffle l’élite politico-économique de Montréal, bien à l’abri derrière leurs tables rondes et rides en cravate. Mais qui a demandé cette merveille ? Qui l’a rêvée, dessinée, décidée ? Certainement pas les communautés de Deux-Montagnes. Pas les chauffeurs et chauffeuses qui y bossent. Pas les usagers qui regardent passer le train et sentent qu’il leur échappe, au propre comme au figuré.
Le REM n’est pas qu’une ligne de transport : c’est le symbole criant d’un modèle qui fait du commun une machine privatisée. Gestion confiée à CDPQ Infra. Pas de reddition de comptes démocratique. Pas d’assemblées citoyennes. Les collectifs locaux comme « Mobilité Populaire Deux-Montagnes » dénoncent un projet imposé d’en haut, bâti sur l’arrogance technophile et l’effacement du politique. Isa, chauffeuse depuis 15 ans, me dit : « J’ai conduit pour des lignes pleines de défauts, mais au moins on existait dans leur cadre. Là, j’ai l’impression de piloter un vaisseau où la voix humaine est en sourdine. »
On vend l’innovation comme une religion. Mais un dieu sans fidèles n’est qu’une idole creuse. Le REM Deux-Montagnes roule, oui, mais pour qui ? Pour quoi ? Sans ancrage communautaire, sans accès réel aux contrôles, sans pouvoir décisionnel des premiers concernés, cette infrastructure devient un mirage d’avenir. Un écran de verre et d’acier où se reflètent les profits, pas les visages. L’aménagement du territoire est politique ; le train aussi. Et quand il fonce sans frein populaire, il peut dérailler loin du bien commun.
L’urgence climatique, les inégalités de mobilité, la fatigue des travailleuses invisibles : tout appelle aujourd’hui à réinventer nos transports en commun… mais pas en technocratie déconnectée. Ce qu’il faut, c’est une démocratie ferroviaire. Une gouvernance directe des usager·es, des travailleurs, des communautés. Une éthique de l’ancrage plutôt que la foi aveugle dans le progrès piloté par la finance. On veut des trains pour les peuples, pas pour les tableaux Excel de la Caisse de dépôt.
Le REM pourrait être un levier de justice. Il devient vitrine d’un capitalisme vert lavé à grands frais. Tant que nous ne reprenons pas les aiguillages — avec nos voix, nos votes, nos visions —, le train du futur ne fera que nous laisser sur le quai. Engageons-nous. Pour que chaque arrêt soit une délibération. Chaque connexion, une solidarité. Et chaque trajet, un projet de société partagé.





