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REM : vitesse verte, justice à l’arrêt

Des rails brillants serpentent désormais jusqu’à Deux-Montagnes. Le REM, étoile filante du développement durable, trace fièrement sa route au nord-ouest de Montréal. Pour les médias dominants, c’est un petit miracle sur roues — rapide, silencieux, électrique. Mais derrière le vernis émeraude de l’écomobilité se cache une infrastructure construite sur l’oubli : celui des quartiers populaires, des jeunes précaires, et de celles et ceux que la ville pousse toujours plus loin.

Ici, aucune promesse de logements abordables alignée avec les nouvelles stations. Aucun comité populaire réellement écouté. On a pavé l’avenir vert sans consulter celles et ceux qui y vivent déjà, qui y survivent, souvent. On a foncé comme un train sans frein vers une modernité qui parle d’écologie, mais oublie que la justice écologique commence par les vies des plus vulnérables. La transition verte qui ne déloge pas les riches mais les plus pauvres? Elle porte un nom : greenwashing urbain.

“Le REM? On l’a su quand les pelleteuses sont arrivées,” lâche Samira, mère monoparentale, résidente de Roxboro. Son loyer a grimpé de 200 dollars depuis les travaux. “J’ai jamais été invitée aux réunions. On est juste devenus invisibles.” Invisibles, comme les murales communautaires effacées sous les nouvelles stations, comme les bancs remplacés par des grilles esthétiques, comme les graffitis de colère étouffés sous le béton flambant neuf.

Chaque projet qui prétend sauver la planète mais expulse ceux qui l’habitent trahit sa propre mission. L’écologie sans lutte anticapitaliste est une cage dorée. Un système qui construit vite et loin, mais sans dialogue ni redistribution, génère plus de fractures que de ponts. Où est la concertation avec les jeunes militants du climat, avec les femmes autochtones, avec les personnes sans statut qui prennent ce train sans carte-opus ni voix?

Tout REM qu’il soit, un réseau sans racines populaires reste un mirage. Si on veut vraiment bâtir des villes durables, il faudra écouter les ruelles avant les rendus architecturaux. Il faudra que la prochaine ligne ne soit pas juste électrique, mais solidaire. Parce que le climat n’attend plus, mais la justice non plus.

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