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Rendements records et inégalités financières au Canada

Le marché boursier a connu une année extraordinaire en 2025. L’indice TSX a bondi de 22 %, le S&P 500 a atteint des sommets jamais vus, et le Nasdaq a repris avec force son ascension post-pandémique. Ces chiffres impressionnants donnent l’illusion d’une prospérité partagée. Pourtant, derrière les records se cache une réalité bien moins égalitaire : le quart des Canadiens les plus modestes ne détiennent aucun actif financier, tandis que les 10 % les plus riches contrôlent près de 70 % des actions et des fonds communs de placement du pays, selon Statistique Canada.

Ce fossé criant dans l’accès aux instruments financiers mine l’argument de la « croissance pour tous ». Tandis que les portefeuilles des ménages les mieux nantis ont vu leur valeur nette grimper de dizaines, voire de centaines de milliers de dollars, les épargnants moyens — souvent limités à des REER peu diversifiés ou des comptes d’épargne à taux fixe — n’ont profité que marginalement des hausses boursières. Autrement dit, les dividendes de cette croissance financière ne se sont pas démocratisés : ils ont accentué l’inégalité de patrimoine.

Ce phénomène s’inscrit dans une dynamique plus large de financiarisation de l’économie. À mesure que les entreprises priorisent leurs retours aux actionnaires — rachats d’actions, dividendes records — au détriment des investissements productifs et des hausses salariales durables, la croissance économique tend à se dissocier du vécu des travailleurs. Cela alimente une forme d’économie à deux vitesses, où les gains sont largement privatisés et les risques trop souvent collectivisés, comme lors des multiples sauvetages d’institutions financières.

Malgré ces distorsions, la fiscalité continue de favoriser les détenteurs de capital. Les gains en capital sont imposés à des taux préférentiels, et les revenus passifs bénéficient de nombreuses échappatoires. Résultat : les écarts se creusent, avec une efficacité redistributive de l’État qui stagne. Une étude de l’Université de Toronto publiée en 2025 révèle que le système fiscal canadien corrige aujourd’hui moins les inégalités qu’il ne le faisait au début des années 2000.

Il est temps de penser une finance plus inclusive. Cela passe notamment par une fiscalité plus progressive sur les gains boursiers, le développement de véhicules d’investissement publics accessibles par les régimes de retraite ou les fonds collectifs, et des politiques d’éducation économique dès le secondaire. Car si la Bourse explose mais que seuls quelques-uns en récoltent les fruits, pouvons-nous vraiment parler de croissance?

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