Le masque tombe. Le ministre Jean Boulet brandit le bâillon comme s’il s’agissait d’un outil anodin de « maintien de l’ordre ». Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est une matraque rhétorique pour frapper un mouvement ouvrier déjà à bout de souffle. La grève à la STM, ce n’est pas un caprice de salarié·es gâté·es, c’est un appel désespéré à la dignité. Et la réponse du pouvoir ? Faire taire, écraser, bâillonner. Car dans le Québec des technocrates, la démocratie participative s’arrête là où commence la désobéissance des travailleur·euses.
Reprenons. Les employé·es de la STM réclament le strict minimum : de meilleures conditions dans un service déjà sous-financé, gangréné par les coupes et l’austérité déguisée. En face, un gouvernement qui prétend vouloir des villes plus vertes, mais prive les transporteurs publics du soutien vital. On applaudit les autobus électriques, mais on méprise les gens qui les conduisent. Le syndicat se bat pour que le service public puisse respirer. Mais dans le miroir déformant du pouvoir, cette lutte devient un « abus des moyens de pression ».
Sur le terrain, la colère suinte entre les affiches, les cris, les silences résignés. À la station Frontenac, Jérémie, chauffeur depuis 12 ans, me dit : « On crache sur nous tant qu’on ne roule pas. Mais quand on fait grève, là on dérange trop. » Les usagers sont partagés, mais beaucoup comprennent. Ils voient que cette attaque dépasse la STM. C’est une brèche dans ce qui restait de pouvoir syndical, un signal aux autres secteurs : si vous vous levez, on vous coupera les jambes. Dans les cortèges, des jeunes militant·es tiennent des pancartes : « Ce n’est pas une grève, c’est un cri ». Et ce cri, on veut l’éteindre à coups de lois spéciales.
Derrière le bâillon, il y a plus qu’un mépris des conventions collectives : il y a l’ivresse d’un pouvoir qui se rêve sans entraves. L’idée que les travailleur·euses seraient des rouages à discipliner, pas des êtres politiques à écouter. Ce glissement autoritaire – car il faut le nommer ainsi – correspond à une tendance globale : criminaliser la contestation, délégitimer la revendication sociale. C’est le même esprit qui militarise les campus, qui réprime les manifs écologistes, qui réduit la rue au silence. Une société qui ne tolère plus d’être bousculée est une société en train de s’endormir sur sa propre violence.
Nous ne devons pas rester spectateur·ices. Cette grève n’est pas « leur » lutte, c’est la nôtre. Chaque bâillon qu’on passe à un syndicat est un cadenas posé sur les droits de toutes et tous. L’heure est à la solidarité intersectorielle, aux alliances imprévues. Travailleurs du transport, de la santé, de l’éducation, jeunes précaires, usager·es : tissons un front commun contre la peur qu’ils veulent installer. Car si l’on ne fait pas bloc maintenant, demain, c’est chacun·e qu’ils feront taire.





