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Rouyn-Noranda, la ville qu’on ferme à voix basse

Dans les rues calmes de Rouyn-Noranda, les cheminées de l’usine Glencore ne fument presque plus. C’est un silence lourd, pesant, presque honteux – celui d’un adieu non dit. Lorsque le géant minier a annoncé sa fermeture, les familles n’ont pas été surprises. Ce qui les a choquées, c’est l’attitude du gouvernement : le Québec savait, mais a laissé faire. Pour les habitants, ce n’est pas juste une perte d’emploi, c’est l’effacement d’une promesse tacite, celle que l’État veille sur ses régions, même les plus éloignées.

« On n’est pas juste des chiffres dans un rapport économique », lance Marie-Claude Gagnon, infirmière scolaire et conjointe d’un électromécanicien licencié. Son ton est ferme, mais ses yeux trahissent la fatigue. Son mari travaillait à la fonderie depuis 17 ans. Leurs trois enfants en bas âge sentent déjà les effets de l’angoisse à table. « Qui va se lever pour nous ? », demande-t-elle, répétant la phrase qu’on entend désormais aux réunions publiques, entre les murs d’écoles ou au dépanneur. C’est devenu un cri de ralliement dans une ville qui refuse de sombrer dans l’oubli.

Depuis l’annonce de Glencore, les syndicats locaux, les commerçants, jusqu’aux jeunes diplômés reviennent à la même idée : l’absence d’anticipation est une forme de violence. Une violence lente, sourde, administrative. Sans drame apparent mais avec des conséquences si profondes. Les élus municipaux ne cachent plus leur colère. « On a été patients », dit le conseiller Michel D’Amour, devant un centre communautaire transformé en cellule de crise économique improvisée. « Ce n’est pas qu’une usine qui ferme. C’est un modèle qui craque. On en a marre de tendre la main sans réponse. »

Cette fermeture illustre plus largement une tragédie québécoise récurrente : la dépendance minière, qui offre une prospérité fragile, accrochée à des marchés mondiaux mobiles et sans attaches. L’économie régionale, bâtie autour de la ressource, vacille dès que ses piliers se retirent. Le démantèlement annoncé ne s’accompagne ni de plan de reconversion clair, ni de solutions pour les dizaines de familles aujourd’hui désorientées. Dans ce vide laissé par l’industrie, c’est l’État qui devrait entrer – sauf qu’il n’y entre pas.

Pourtant, l’espoir survit. Il tient dans les réunions citoyennes qui s’organisent à la vitesse des partages Facebook, dans l’appel à une économie plus verte, plus solidaire. Rouyn-Noranda ne se laisse pas faire. Mais entre l’indignation et l’action, il manque un soutien — celui des instances qui, autrefois, promettaient de ne jamais abandonner les régions. Si l’on veut éviter que d’autres coins du Québec subissent le même sort, il faut réécrire l’avenir industriel avec ceux qui y vivent. Et surtout, commencer par leur demander ce qu’ils veulent vraiment.

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