Au mépris de ses propres valeurs et de l’écosystème local, la SAQ vient de tendre les clés de ses livraisons à Uber Eats. Une décision qui pue la paresse néolibérale, le confort de la privatisation et l’amnésie économique. Oubliez Taxelco – pourtant née ici, pensée ici, enracinée dans une volonté de transformer le transport urbain de manière sociale et écologique. Aujourd’hui, c’est l’ère des géants sans visages, des algorithmes qui siphonnent nos centres-villes comme des vampires numériques — et nos institutions publiques semblent dire amen.
Ce que cache ce pivot vers Uber, c’est une logique toxique : celle du capitalisme de plateforme, déguisé en innovation. Derrière l’interface fluide se cache un modèle basé sur la précarité, l’évitement fiscal et l’extractivisme numérique. Des chauffeurs sous-payés, des profits expatriés, et une responsabilité sociale dissoute dans le cloud. Quand le gouvernement québécois laisse une société d’État s’acoquiner avec un tel géant, il tourne le dos à toute idée de développement économique durable, ancré dans le travail décent et l’autogestion locale.
Les mouvements pour un transport alternatif rugissent — et ils ont raison. Ensemble Taxi Coop, Eva, Taxelco : ces initiatives sont nées d’un besoin urgent de réappropriation collective du transport. Elles incarnent une vision : celle d’un Québec post-carbone, solidaire et affranchi des monopoles numériques. Mais plutôt que de devenir partenaires de cette vision, nos institutions choisissent le camp du solutionnisme techno-corporatif. Un abandon habillé d’efficacité — mais qui rime avec trahison stratégique.
Cette décision de la SAQ s’inscrit dans une tendance plus large : celle d’une privatisation à courte vue, où l’on confond gestion astucieuse et fuite de responsabilités. On scie la branche locale pour grimper dans l’arbre globalisé. Uber est rapide ? Oui. Mais rapide vers quoi ? Vers une société éclatée, où le public gère les risques et le privé encaisse les profits. C’est l’économie du court terme, celle qui oublie que la résilience se bâtit avec les gens d’ici, les projets d’ici, la solidarité d’ici.
Il est temps que le Québec reprenne ses clés. Refusons que nos outils collectifs deviennent des courroies de transmission pour le Big Tech. Exigeons une souveraineté économique populaire : celle qui remet le pouvoir entre les mains des communautés, qui soutient les travailleurs et travailleuses, qui ose miser sur le local plutôt que de s’agenouiller devant l’impérialisme numérique. La livraison de demain doit porter le poids d’un avenir équitable. La SAQ peut encore reculer. Nous, on avance.





