Un gouvernement qui brandit la loi spéciale comme une matraque ne défend pas l’ordre public — il protège les intérêts du capital. En déposant son projet de loi pour briser les moyens de pression des travailleuses et travailleurs de la STM, Jean Boulet agit moins en ministre qu’en contremaître. On maquille la répression sous le vernis juridique. Mais appelons un chat un bâton : lorsqu’on interdit la grève, on bâillonne la seule arme que les travailleuses ont pour se faire entendre dans un système bâti pour les écraser.
Ce n’est pas simplement une bataille syndicale. C’est une guerre déclarée contre toute personne qui pense encore que les services publics peuvent appartenir au peuple. Écoles, CHSLD, transport en commun — tous ces piliers sociaux sont aujourd’hui les tranchées de luttes féroces. Les gouvernements, transformés en employeurs agressifs, ne voient plus des humains en grève, mais des rouages rebelles à resserrer. Au nom de la productivité, on sacrifie la dignité.
Ce n’est pas la première fois que l’État québécois criminalise le militantisme. La grève générale étudiante de 2012, les débardeurs de Montréal, les enseignantes de cette année même — à chaque fois, la violence étatique se porte en costard-cravate, cachée derrière des papiers tamponnés et des discours de façade. Cette fois, c’est le transport public. Demain, qui? L’histoire est claire : un gouvernement qui casse le droit des travailleurs aujourd’hui le fera encore demain, et plus fort.
« On ne demande pas la lune… juste de pouvoir vivre avec décence », me disait Nadia, chauffeuse d’autobus depuis 17 ans, rencontrée lundi devant la station Lionel-Groulx. « Nos boss, c’est pas juste la STM, c’est aussi Legault qui veut nous faire taire. » Leur combat est celui de toutes celles et ceux qui rêvent d’un monde où travailler ne rime pas avec s’épuiser. Où le service public est un projet collectif, pas un champ de profit.
Repenser le droit au travail, c’est refuser qu’il soit dicté par la peur ou la soumission. C’est exiger un transport collectif accessible ET juste — pour les usagers, oui, mais aussi pour celles et ceux qui le font rouler jour et nuit. L’éco-socialisme ne sépare pas la lutte écologique des combats sociaux : il les tisse ensemble, en tresse rebelle. La grève des travailleurs de la STM est une réponse vivante à un système mortifère. Écoutez leurs voix avant qu’on les noie sous les ordres de retour au travail.





