Une centaine d’étudiants-athlètes montréalais terminent désormais leurs entraînements à 23 heures. Pas par choix. Pas par ambition démesurée. Mais parce que la Ville de Montréal a décidé de fermer temporairement une infrastructure sportive sans anticiper les besoins des équipes qui y évoluaient. Résultat : des jeunes coincés dans des créneaux nocturnes, un sommeil amputé, une récupération sabotée, une réussite scolaire compromise. Ce n’est pas un accident de gestion, c’est une violence administrative perpétrée sur des corps en pleine croissance et des cerveaux en plein apprentissage. Et cette violence porte un nom : le sous-investissement chronique dans les équipements publics.
On demande à ces jeunes de performer, de se discipliner, de développer la résilience et le dépassement de soi. On célèbre les valeurs du sport amateur : santé mentale, cohésion sociale, persévérance, sentiment d’appartenance. Mais quand vient le temps de leur fournir les conditions minimales pour s’entraîner dignement, la Ville hausse les épaules et repousse le problème dans la nuit. L’hypocrisie est totale. Comment exiger l’excellence d’une génération qu’on prive systématiquement de repos, de temps d’étude et de stabilité? Comment prêcher la santé publique tout en sabotant le sommeil des adolescents, période critique pour le développement cognitif et physique?
Derrière cette absurdité se cache une logique systémique : la gestion à courte vue des biens communs. Au lieu de planifier l’entretien des infrastructures sportives et d’anticiper les besoins croissants d’une population jeune et active, on colmate, on ferme, on déplace. Et ce sont toujours les mêmes qui paient : les familles sans marge de manœuvre, celles qui dépendent du transport en commun, celles dont les horaires de travail ne permettent pas de récupérer leur enfant à minuit passé. Cette décision municipale n’affecte pas également tout le monde. Elle creuse les inégalités, elle punit les plus vulnérables, elle transforme l’accès au sport en privilège de classe.
Le sport amateur n’est pas un luxe. C’est un pilier de santé publique, un rempart contre l’isolement, un vecteur d’émancipation collective. Quand on force des jeunes à s’entraîner jusqu’à 23 heures, on ne sabote pas seulement leur sommeil : on sabote leur capacité à construire du lien, à développer leur confiance, à imaginer un avenir où ils comptent. On leur envoie un message clair : votre bien-être ne vaut pas un réaménagement de calendrier, votre santé ne mérite pas un investissement budgétaire, votre épuisement est acceptable tant que la machine tourne.
Il est temps de nommer cette situation pour ce qu’elle est : une injustice sociale, fruit d’un système qui sacrifie les besoins collectifs sur l’autel de l’austérité et de la rentabilité à court terme. Les jeunes sportifs montréalais méritent mieux que des miettes d’horaire et des infrastructures en lambeaux. Ils méritent une ville qui investit dans leur avenir, qui protège leur repos, qui reconnaît la valeur du sport comme bien commun. Sinon, qu’on arrête de leur demander de performer dans une société qui refuse de leur donner les outils pour y arriver.





