« Je suis consciente que les attentes sont énormes, mais je suis ici pour écouter et agir », a déclaré Soraya Martinez Ferrada en ouverture de la première réunion du comité exécutif, sa voix calme mais ferme devant une salle attentive. Fraîchement élue mairesse de Montréal, celle qui a grandi dans les quartiers populaires de la ville connaît bien les coins de trottoir usés, les logements qui prennent l’eau, et les autobus qui n’arrivent jamais. Mais cette fois, c’est à elle qu’il revient de transformer les complaintes en politiques, les espoirs en plans d’action réalistes.
Sur le terrain, les Montréalais ne mâchent pas leurs mots. Habiba, résidente du quartier Côte-des-Neiges depuis 15 ans, résume d’un souffle : « On veut des loyers qu’on peut payer, des bus qui roulent et de l’air qu’on peut respirer ! » Les priorités citoyennes sont claires : logement abordable, mobilité urbaine efficace et actions concrètes contre la crise climatique. Des défis qui n’ont rien de théorique lorsqu’un père de famille peine à loger ses enfants ou qu’une aînée attend un autobus en plein hiver.
Martinez Ferrada n’est pas une novice en matière d’engagement public. Son parcours, marqué par l’immigration, le militantisme communautaire et une carrière fédérale tournée vers le logement et l’inclusion, fait d’elle une figure unique au sein du paysage politique montréalais. Mais c’est peut-être ce lien intime avec les réalités de base — l’école du coin, le boucher du marché, les dossiers d’aide sociale — qui la distingue le plus dans un monde souvent déconnecté du quotidien des gens.
Malgré sa volonté émouvante de travailler « au rythme des quartiers », elle hérite d’une ville traversée par des fractures profondes. La centralisation des décisions, les lenteurs administratives et le poids budgétaire restreignent les marges de manœuvre. « J’espère qu’elle ne va pas se noyer dans la machine comme les autres », confie Émile, organisateur communautaire à Hochelaga, avec une lassitude mêlée de doux scepticisme. L’épreuve des premier mois révélera si sa méthode de proximité peut survivre aux engrenages du pouvoir.
À la sortie du conseil, quelques jeunes militants l’attendaient, pancartes à la main. Ils l’ont saluée, lui rappelant qu’ils « surveilleront ses gestes autant que ses mots ». C’est peut-être là, dans ces dialogues informels et tendus, que se joue la promesse d’une autre façon de gouverner. Pour que la mairie cesse d’être une tour d’ivoire et redevienne une maison ouverte sur la rue, avec ses cris, ses rires et ses rêves aussi nombreux que les visages croisés dans le métro.





