Il neige doucement sur Longueuil, mais les mots que lance Laurence, infirmière de 42 ans, ne sont pas feutrés : « Il part, mais il laisse derrière lui des plaies ouvertes. » Comme beaucoup, elle a appris ce matin la démission de François Legault avec un mélange d’incrédulité et de soulagement. Sur le terrain, dans ces quartiers souvent oubliés, se ressent une colère sourde. Celle de ceux pour qui les politiques du gouvernement sortant n’ont représenté que promesses creuses et compressions brutales.
Au pied des grandes tours de la Rive-Sud, une famille algérienne nous reçoit : « On attendait notre logement social depuis trois ans », raconte Rania, mère de deux enfants. « Entretemps, les loyers ont explosé et on a failli tout perdre. » Le programme AccèsLogis n’a pas suivi, et les grands plan d’aide annoncés ont semblé ne jamais descendre jusqu’ici. Même récit du côté de Charles, ouvrier de chantier : « Il parlait de main-d’œuvre, mais jamais de conditions dignes. On est fatigués, pas écoutés. »
La fracture entre élus et citoyens n’a cessé de s’aggraver, illustrée par un taux de participation électorale en chute libre et une fatigue politique palpable. « J’ai voté une fois à 18 ans. Depuis, j’ai arrêté. Pourquoi faire ? », lâche Jérémy, étudiant à Saint-Hubert. Cette désillusion démocratique n’est pas née d’un jour, mais selon plusieurs citoyens, elle a été cristallisée par les politiques jugées néolibérales de la CAQ, qui ont, au fil des années, grignoté les services collectifs.
Derrière la colère, il y a aussi des germes d’espoir. Plusieurs citoyens rencontrés évoquent la possibilité d’un renouveau, avec des mots simples : « Quelqu’un qui nous ressemble », « une femme peut-être ». Les mobilisations locales se multiplient en parallèle, des comités de parents aux regroupements citoyens qui réclament une autre manière de faire de la politique. « On veut du vrai dialogue, pas juste des campagnes-éclair », martèle Nadège, intervenante communautaire à Brossard.
Alors que les murs s’ornent déjà de pancartes “Legault dehors”, les citoyens des quartiers populaires rappellent que, sous le béton et les chiffres, il y a des vies, des choix contraints, des rêves trop souvent abandonnés. Et s’il fallait écouter ces voix-là pour ne pas répéter les mêmes erreurs ? Car chaque politique laisse une empreinte — sociale, humaine, parfois indélébile.





