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Starbucks : profits record, colère des baristas

Alors que Starbucks a généré plus de 35 milliards de dollars en revenus en 2024, en hausse marquée depuis la pandémie, ses baristas, eux, peinent à suivre la cadence économique. La Red Cup Rebellion, vaste mouvement de grève déclenché à l’occasion du lancement des célèbres gobelets rouges de Noël, révèle une dissonance grandissante entre les performances financières de l’entreprise et les conditions de travail de ses employé·e·s. Derrière les sourires obligatoires et les machines à espresso, les travailleuses et travailleurs dénoncent la précarité des horaires, l’absence de prévisibilité et une rémunération déconnectée du succès de l’entreprise.

Depuis 2020, les bénéfices nets de Starbucks ont bondi de près de 40 %, portés par une stratégie d’expansion internationale et une reprise post-pandémique rapide. Pourtant, selon une étude du Economic Policy Institute, le salaire horaire moyen des baristas aux États-Unis n’a progressé que de 3 % en termes réels sur la même période. Cette stagnation, combinée aux horaires fragmentés imposés par des algorithmes de planification, illustre une uberisation du travail salarié, où la rentabilité prime sur la stabilité de l’emploi, même au sein de grandes entreprises traditionnelles.

La Red Cup Rebellion s’inscrit dans une dynamique plus large de résurgence syndicale dans les services, un secteur historiquement difficile à organiser. Depuis 2021, Starbucks Workers United a permis la syndicalisation de près de 400 établissements, malgré les nombreux obstacles posés par la direction. Le succès de ces efforts varie d’un État à l’autre, mais témoigne d’un changement générationnel : de plus en plus de jeunes travailleurs et travailleuses voient dans l’action collective une réponse à la précarité structurelle de leurs emplois.

Face à cette mobilisation, la réaction des investisseurs a été ambivalente. Si certains saluent la capacité de Starbucks à contenir les revendications salariales, d’autres s’inquiètent de l’impact à long terme sur la réputation de la marque. Un rapport récent de Morgan Stanley souligne que l’adhésion croissante à des valeurs sociales parmi les consommateurs de moins de 35 ans pourrait fragiliser le capital-symbolique de l’enseigne si les conflits de travail persistent. L’enjeu devient dès lors autant éthique qu’économique.

Sur le plan juridique, le National Labor Relations Board (NLRB) a confirmé plusieurs violations du droit du travail par Starbucks depuis le début de la vague syndicale. Toutefois, le cadre légal américain reste faiblement favorable aux initiatives collectives, notamment en raison de l’absence d’obligation de négociation et de sanctions peu dissuasives. Ce bras de fer met en lumière la nécessité d’une réforme structurelle du droit du travail, afin que la prospérité d’entreprises comme Starbucks puisse se refléter équitablement dans les conditions de vie de celles et ceux qui les font fonctionner.

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