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Tarifs douaniers Trump : une alerte économique canadienne

Donald Trump, en campagne pour un retour à la Maison-Blanche, place déjà le Canada dans sa ligne de mire commerciale. Le 24 janvier, l’ancien président a menacé d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur des produits canadiens, y compris l’aluminium, le bois d’œuvre et certains biens agricoles. Derrière cette rhétorique musclée se cache une stratégie politique bien rodée : mobiliser son électorat ouvrier contre des adversaires étrangers, même lorsqu’ils sont des alliés historiques. Pour un pays aussi intégré économiquement aux États-Unis que le Canada, il ne s’agit pas que de déclarations tonitruantes, mais d’un signal d’alarme sur notre vulnérabilité structurelle.

Près de 75 % des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis, selon Statistique Canada. Cette dépendance crée un effet de levier que Washington n’hésite pas à exploiter à des fins internes. Des secteurs entiers de notre économie — métallurgie, agroalimentaire, foresterie — sont ainsi en position de fragilité récurrente face aux cycles électoraux américains. En 2018, les tarifs sur l’aluminium imposés par Trump ont affecté plus de 10 000 emplois au Canada, spécialement au Québec, selon l’Observatoire de la Métallurgie. Un retour du même scénario tarifaire pèserait lourdement sur des régions déjà précarisées par la transformation industrielle.

Le coût humain de ces tensions se mesure bien au-delà des tableaux Excel. Prenons l’exemple des travailleurs de l’aluminium de la Saguenay—Lac-Saint-Jean ou des producteurs forestiers de la Colombie-Britannique : pour eux, la guerre commerciale n’est pas un sujet de géopolitique abstraite. Ce sont des postes menacés, des usines en veille et des communautés entières suspendues aux décisions d’un éventuel président américain. Ces effets de choc localisés exacerbent les inégalités régionales et minent la confiance envers les institutions économiques — canadiennes comme internationales — jugées impuissantes face aux sursauts trumpiens.

Le protectionnisme version Trump n’est pas qu’une posture économique, c’est un discours identitaire. Présenté comme une protection des intérêts nationaux américains, il vise surtout à réorienter les frustrations économiques vers l’extérieur. Pour y répondre, le Canada doit sortir de sa logique défensive et repenser son modèle commercial. Cela commence par diversifier nos marchés d’exportation, mais aussi par renforcer des filières locales et résilientes. La souveraineté économique ne signifie pas l’autarcie, mais la capacité à résister à la pression d’un voisin imprévisible.

Alors que le spectre d’une reprise des tarifs douaniers se précise, il est temps de reposer les fondations de notre stratégie commerciale. Un Canada tourné vers l’Asie, l’Europe, mais aussi vers une consommation intérieure soutenue par des chaînes de valeur plus courtes et des normes environnementales strictes, serait mieux équipé pour affronter les cycles populistes américains. L’évidence économique peut aller de pair avec l’empathie sociale : protéger nos travailleurs, ce n’est pas seulement négocier des accords, c’est bâtir une économie à l’épreuve des chocs et des chantages politiques.

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