Dans le cadre des consultations prébudgétaires du Québec, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a proposé une mesure susceptible de susciter autant d’appuis que de grognements : une taxe provinciale sur les boissons sucrées. L’objectif ? Générer de nouveaux revenus pour consolider les services publics, notamment en éducation et en petite enfance, alors que ces secteurs souffrent d’un sous-financement structurel persistant. La CSQ n’avance pas de chiffres officiels, mais des projections comparables à l’étranger permettent d’en estimer les retombées économiques potentielles.
Économiquement, une telle taxe peut rapporter gros. Des expériences similaires menées au Mexique, en France ou encore à Philadelphie montrent qu’on peut espérer entre 0,5 et 1 % de croissance des revenus fiscaux associés aux consommations ciblées. Au Québec, cela représenterait de 60 à 120 millions par an selon l’INSPQ, en tenant compte de la baisse prévue de la consommation. Ce genre de taxe dite « comportementale » a la double fonction d’agir sur les habitudes tout en alimentant les caisses de l’État — mais elle soulève aussi des tensions sur sa progressivité fiscale.
Car si les gains budgétaires sont bien réels, leur répartition n’est pas neutre. Les études démontrent que les ménages à plus faibles revenus consacrent proportionnellement davantage de leur budget aux boissons sucrées. Une taxe uniforme sans mesure compensatoire pourrait donc alourdir leur fardeau. Cependant, plusieurs pays atténuent cet effet de régressivité : en Grande-Bretagne, les recettes issues de la taxe servent à financer des programmes nutritionnels dans les écoles publiques. Un usage ciblé des revenus est donc essentiel pour maximiser les effets bénéfiques tout en minimisant les risques d’injustice sociale.
Sur le plan de la santé publique, les résultats observés ailleurs sont encourageants. Au Mexique, les achats de boissons sucrées ont chuté de 12 % dès la première année suivant l’imposition de la taxe, surtout dans les quartiers populaires. Si ces comportements se maintiennent, le Québec pourrait voir une réduction à long terme des maladies associées à la consommation excessive de sucre, notamment le diabète de type 2, très coûteux pour le système de santé. Moins de sucre, moins de malades, plus de ressources pour les CLSC et les CPE — l’équation paraît séduisante à l’échelle collective.
Malgré tout, la proposition divise. Tandis que certains syndicats, groupes de santé et économistes y voient un outil à la fois fiscal et sanitaire, des représentants de l’industrie agroalimentaire et certains politiciens dénoncent une mesure paternaliste, voire nuisible à l’économie locale. Le défi, pour le gouvernement, sera de naviguer entre ces intérêts divergents en misant sur un discours transparent : si la taxe vient financer directement les services auxquels tiennent les familles — éducatrices mieux payées, nutrition scolaire, accès amélioré en santé communautaire — le lien entre recette et bien commun deviendra plus tangible, et peut-être plus digestible politiquement.





