Quand une robe pour enfant, usée, donnée, puis rachetée à 4 euros en friperie se voit surtaxée encore et encore, on ne parle pas de fiscalité, on parle d’absurdité morale. Ces bouts de tissus ont déjà payé leur dette à l’État lors de leur première vie. Pourquoi alors cette punition fiscale sur la seconde main ? Sur ce choix éthique, économique, écologique ? Qui peut défendre une politique qui décourage les familles précaires de s’habiller dignement *et* durablement ?
Les friperies sont des refuges. Pour les mères solo, les étudiant·e·s, les familles sans souffle à la fin du mois. On y cherche de quoi vêtir les petits, sans déshabiller le compte en banque. Et pourtant, l’État arrive, main tendue, pour prendre ce qu’il reste : une taxe sur des vêtements déjà taxés, parfois deux fois, trois fois. Voilà la justice fiscale version 2025 : frapper le pauvre quand iel fait le choix éthique. La double taxation devient triple punition.
Refuser d’exempter ces articles d’occasion, c’est mépriser l’économie circulaire. C’est torpiller la possibilité d’un modèle hors consumérisme toxique, où l’on recycle, on partage, on transmet. Chaque pull ressorti des limbes du textile est un acte de résistance face à l’industrie meurtrière de la mode rapide. Punir ça au nom des recettes fiscales, c’est subventionner la destruction du vivant. Ce n’est pas de la gestion budgétaire, c’est de l’écocide administratif.
Dans les friperies, on croise les communautés queer, féministes, racisées, précaires. On y tisse plus que des habits : on se reconstitue une dignité, une esthétique hors-norme, une solidarité vestimentaire. Taxer ces lieux, c’est attaquer nos espaces de survie, nos couleurs, nos manières d’exister. Les friperies ne sont pas des magasins. Ce sont des sanctuaires. Ce que l’État prend en taxes, il le vole à nos révolutions discrètes.
Il est temps de réclamer une exemption fiscale totale sur les articles de seconde main pour enfants. Mieux encore : inscrire dans la loi que l’économie circulaire est un droit. Car chaque vêtement transmis est une miette d’espoir contre l’effondrement et l’injustice. Arrêtons de taxer la bonté. On ne bâtira pas un avenir viable sur les cendres de nos habits usagés. Exigeons que nos gestes responsables ne soient plus des délits fiscaux.





