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Tempête États-Unis et inertie politique : choisir la rupture climatique

La tempête qui a déchiré l’Est des États-Unis n’est pas un accident météo, mais une alarme hurlante. Quand des tornades s’enroulent autour des villes comme des poings serrés et que la neige tombe en murs de 90 centimètres, ce n’est pas la colère du ciel : c’est la facture du dérèglement climatique que les gouvernements repoussent depuis trente ans. Chaque rafale à 120 km/h raconte la même histoire, celle d’un monde que l’on a chauffé à blanc au service d’un capitalisme qui prétend toujours être surpris des conséquences. Et pourtant, dans les couloirs du pouvoir, on continue de parler de « phénomènes extrêmes » comme si c’était encore un événement rare, pas la nouvelle normalité.

Le plus obscène dans tout ça, c’est l’inertie politique. On pourrait croire que l’ampleur du chaos forcerait un sursaut, une vision, une stratégie. À la place, on reçoit des déclarations aseptisées, des promesses creuses et ce fameux « on évalue la situation » qui ne mène qu’à l’étouffement collectif. Les dirigeants attendent que la météo se calme comme s’ils pouvaient attendre que l’histoire les juge plus tard. Mais pendant qu’ils flânent dans la gestion de crise, les experts répètent que nous entrons dans une ère de tempêtes permanentes. Et le pire? On sait très bien que cette inertie n’est pas une incapacité : c’est un choix, celui de ne pas froisser les intérêts fossiles.

Et pendant que les élites temporisent, les premières lignes encaissent. Les familles à bas revenu, les quartiers déjà fragilisés, les personnes racisées confinées dans des zones moins protégées : ce sont toujours elles qui subissent les inondations, les pannes électriques interminables, les routes bloquées. Une militante que j’ai jointe à Boston me l’a dit clairement : « On devient le pare-chocs d’un système qui refuse de changer sa trajectoire. » La vulnérabilité n’est pas naturelle, elle est fabriquée. Les inégalités sociales pavent les chemins où les catastrophes frappent le plus fort. Et quand les bénévoles organisent des centres d’entraide improvisés, l’État reste à distance, comme un spectateur mal à l’aise devant sa propre défaite.

Pendant que les vents arrachent les toits, une autre violence souffle en coulisses : celle des marchés. À peine la tempête annoncée, les cours du pétrole ont chuté et, dans certains médias économiques, on s’est presque réjoui. Leur logique est implacable : destruction = opportunité. Pendant que les gens perdent leur maison, Wall Street ajuste ses graphiques et applaudit la volatilité comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo. Voilà le vrai visage du capitalisme climatique : un système capable de profiter du désastre tout en prétendant vouloir sauver la planète. Cette indécence-là, on ne la commentera jamais assez.

Alors oui, il est temps d’appeler les choses par leur nom : sans transition énergétique radicale, rien ne changera. Pas une transition feutrée, pas un verdissement marketing, mais une rupture franche avec les énergies fossiles, une redistribution massive des richesses, une planification écologique construite avec les mouvements populaires, pas contre eux. La tempête américaine est un rappel brutal que le futur n’attendra pas que la politique se révele. Si nous voulons éviter d’être ensevelis sous les ruines d’un système qui s’effondre, il faudra choisir la tempête du changement plutôt que celle de la résignation. Et l’heure, c’est maintenant.

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