François Legault quitte la scène politique, mais ce n’est pas un tournant : c’est un mirage. Le visage change, mais la CAQ garde le cap — celui d’un Québec bétonné, pollué, banalisé par les grandes infrastructures inutiles. Le départ d’un premier ministre ne fait pas tomber les viaducs de l’idéologie extractiviste. Et pendant qu’on s’affaire à commenter son héritage, dans les coulisses, le projet du troisième lien revient en force — sans recul, sans honte, sans cœur.
Le troisième lien, ce monstre de béton entre Québec et Lévis, est l’incarnation parfaite de l’échec politique à écouter le vivant. C’est un tunnel creusé dans les poumons de la planète, une machine à émissions conçue pour quelques automobilistes et le lobby de la construction. C’est aussi un doigt d’honneur adressé aux communautés marginalisées dont les territoires, rivières, et futurs sont menacés par ce caprice mégalomane. Il ne répond à aucune urgence sauf celle d’un modèle économique qui roule sur la dette écologique.
Ce qu’on nous vend comme « progrès », c’est la perpétuation d’un colonialisme interne : paver les rives, dévaster les écosystèmes du fleuve, au nom du développement. Mais les luttes locales ne dorment pas. À Limoilou, à la Côte-de-Beaupré, dans les cégeps et campagnes, des voix s’élèvent. « Ce n’est pas un lien, c’est une fracture », me disait une militante de Mères au front. Chaque pancarte peinte à la main, chaque blocage d’avenue, c’est une tentative de recoudre ce que le capital veut déchirer.
Les jeunes ne croient plus aux politiciens qui parlent de transition tout en signant des permis de destruction. Ils n’ont pas oublié les promesses climatiques envolées. Ils voient clair dans les appels au « gros bon sens » qui masquent l’arrogance des puissants. Pour notre génération, ce troisième lien, c’est l’allégorie d’un système qui choisit toujours l’asphalte au lieu de la justice. Nous ne voulons pas de leur béton de désespoir. Nous voulons une terre habitable, des transports collectifs, des écosystèmes protégés, des vies dignes.
Il ne suffit pas que Legault s’en aille. Il faut que son monde s’écroule. Celui des profits des bétonnières, des promesses creuses taillées pour les urnes. Il est temps que la jeunesse éco-sociale ravive la flamme — dans les rues, dans les écoles, dans les bois menacés. Les solidarités qui poussent aujourd’hui sont nos vraies autoroutes : elles relient les luttes et brisent l’isolement. Le vrai virage, c’est celui qu’on construira ensemble, hors de leurs tunnels et de leur temps.





