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Trump, démocratie et IA : la capture du pouvoir en marche

Pendant que Donald Trump éjectait les journalistes de la Maison-Blanche comme on expulse des locataires gênants, il annonçait la création d’une force spéciale dédiée à l’intelligence artificielle. Deux gestes en apparence distincts, mais qui tissent ensemble la même toile autoritaire : étouffer ceux qui questionnent, accélérer ce qui enrichit. L’exclusion des médias traditionnels des salles de presse présidentielles n’est pas un caprice narcissique, c’est une stratégie méthodique de mise au pas des contre-pouvoirs. Quand les regards critiques sont chassés, il ne reste que la propagande et les communiqués triomphants. Ce que Trump vend comme modernisation technologique est en réalité une capture d’État orchestrée par les géants de la Silicon Valley, déguisée en révolution inévitable.

L’administration Trump présente l’IA comme un horizon radieux, un saut civilisationnel comparable à l’électricité ou à Internet. Mais derrière ce récit galvanisant se cache une logique beaucoup plus crue : dérégulation maximale, profits exponentiels, concentration du pouvoir entre quelques mains. Cette nouvelle force dédiée à l’IA ne servira pas à protéger les travailleurs remplacés par des algorithmes, ni à encadrer les biais racistes et sexistes qui gangrènent déjà les systèmes de reconnaissance faciale ou les outils de recrutement automatisés. Elle servira à dynamiter ce qui reste de garde-fous réglementaires, à accélérer le déploiement sans consentement, à garantir que personne ne ralentisse la machine. Les entreprises technologiques n’ont jamais eu aussi peu de comptes à rendre, et c’est exactement le but.

Les enjeux concrets de cette fuite en avant sont brutaux et déjà mesurables. Des millions d’emplois menacés par l’automatisation sans filet social pour amortir le choc. Des centres de données qui engloutissent des quantités obscènes d’énergie et d’eau pendant que les villes rationne leurs ressources. Des œuvres créatives aspirées sans compensation pour nourrir des modèles génératifs qui enrichissent des actionnaires, pas des artistes. Des algorithmes opaques qui décident qui obtient un prêt, qui est surveillé par la police, qui mérite d’être embauché. Tout cela se déroule dans l’ombre, sans débat public, sans transparence, sans possibilité de recours. Et quand des voix s’élèvent pour exiger des comptes, elles sont accusées de technophobie ou de nuire au progrès national.

Ce récit du progrès inévitable est devenu la couverture idéologique parfaite pour justifier l’injustifiable. On nous demande de fermer les yeux sur la concentration historique des richesses, sur l’extraction violente de nos données personnelles, sur la privatisation rampante de nos infrastructures numériques. On nous dit que ralentir serait criminel, que questionner serait réactionnaire, que vouloir réguler serait suicidaire économiquement. Pendant ce temps, une poignée de milliardaires redessinent nos sociétés selon leurs intérêts, sans mandat démocratique, sans consentement collectif, sans même l’obligation de rendre des comptes publiquement. Le pouvoir n’a jamais été aussi concentré, aussi opaque, aussi affranchi de toute supervision citoyenne.

L’enjeu est fondamentalement démocratique : qui a le droit de voir ce qui se décide, de contester ce qui se construit, de ralentir ce qui s’impose? Quand les journalistes sont exclus, quand les chercheurs critiques sont marginalisés, quand les mouvements sociaux sont criminalisés, il ne reste plus rien entre nous et la tyrannie algorithmique. La démocratie ne survit que par la friction, par la capacité collective de dire non, d’exiger des réponses, de refuser l’accélération aveugle. Trump et ses alliés technologiques le savent parfaitement : pour imposer leur vision du monde, ils doivent d’abord détruire notre capacité de résister. C’est à nous de maintenir vivante cette capacité, par tous les moyens nécessaires, avant qu’il ne soit trop tard.

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