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Trump joue les flottes, Caracas reste droit

Une fois de plus, les eaux chaudes de la mer des Caraïbes se retrouvent au cœur d’une démonstration musclée made in USA. Depuis plusieurs jours, le Ronald Reagan, porte-avions emblématique de la Navy, fend les vagues à quelques encablures du Venezuela, accompagné de son escorte comme dans un film aux relents de Guerre froide. À la Maison-Blanche, Donald Trump (oui, lui encore — ressuscité électoralement en 2024) parle de liberté pour les « peuples opprimés ». À Caracas, on voit surtout une manœuvre impérialiste classique, sauce 21e siècle.

Le gouvernement vénézuélien, fidèle à sa rhétorique bolivarienne, a immédiatement dénoncé une « provocation gravissime ». Pendant que les chancelleries latino-américaines appellent au calme, les rues de Caracas oscillent entre colère, résignation et memes satiriques — un art dans lequel les Vénézuéliens excellent malgré la crise. À l’ONU, Cuba, la Bolivie et l’Afrique du Sud ont exprimé leurs inquiétudes. L’Union africaine, d’ordinaire tenace sur les questions de souveraineté, a également évoqué une « escalade préoccupante en période de tensions globales croissantes ».

Ce déploiement, selon plusieurs analystes que nous avons contactés entre Tunis et São Paulo, a moins à voir avec la situation vénézuélienne qu’avec celle des États-Unis : un président en quête de stabilité politique interne, des élections à préparer (encore) et un climat social en ébullition. « Classique diversion militaire lorsqu’on ne peut plus envoyer de chèques », ironise un chercheur colombien du Centre andin de géostratégie. D’autant plus que Washington n’a aucune feuille de route claire sur le post-Maduro, ce qui rappelle amèrement l’Irak post-Saddam…

Mais ce retour des grosses bottes américaines inquiète l’Amérique latine. L’époque où les porte-avions faisaient office d’argument diplomatique semblait, pour un temps, appartenir aux manuels d’histoire. « Tout cela rappelle l’opération Just Cause au Panama ou encore l’ombre de Salvador Allende », note Aline Morales, historienne brésilienne. Et si les États-Unis touchaient ici à une corde trop sensible dans une région en quête de leaderships décoloniaux ? L’alignement automatique de la Colombie contraste avec la prudence mexicaine, tandis que le Brésil reste silencieux — occupé par ses luttes internes.

Au fond, cette opération dit tout d’une époque où les conflits s’internationalisent alors que les élites politiques cherchent des échappatoires. Pendant que les feux de Gaza brûlent, que les réfugiés de Haïti croupissent à la frontière texane, Trump préfère les effets de manche et les porte-avions. Mais le monde n’est plus dupe : l’Amérique latine observe, le Sud global prend des notes, et les rapports de force se remodelent plus vite que Washington ne l’admet. Après tout, qui menace qui vraiment ?

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