La Cour suprême des États-Unis remet sur la sellette l’un des outils économiques les plus controversés de l’ère Trump : les droits de douane imposés sans l’aval du Congrès. Dans une audience très attendue cette semaine, plusieurs juges — y compris certains issus du bloc conservateur — ont exprimé leurs réserves quant à la légalité des tarifs douaniers fondés sur la Trade Expansion Act de 1962. Cette loi, qui permet au président d’agir unilatéralement en cas de menace à la sécurité nationale, avait servi d’argument juridique à l’administration Trump pour taxer des produits aussi variés que l’acier chinois, les laveuses sud-coréennes et même les pièces détachées d’automobiles européennes. Mais jusqu’où va vraiment le lien entre sécurité et vis Amazon ?
Derrière le dossier juridique se cache un impact concret sur les consommateurs, en particulier ceux des classes populaires. Une étude du Peterson Institute for International Economics a montré que les tarifs de l’ère Trump ont coûté en moyenne 970 $ par an aux ménages américains, surtout à cause de la hausse des prix sur les produits de base. Par exemple, les droits sur l’acier et l’aluminium ont fait grimper le coût des canettes de bière et des voitures. Les familles à faibles revenus, qui consacrent une part plus élevée de leur budget à des biens manufacturés, ont été les plus durement touchées — sans bénéficier de la protection promise pour les emplois industriels, qui ont continué à décliner malgré les politiques commerciales agressives.
Le cœur du débat qu’examinent aujourd’hui les magistrats concerne l’équilibre entre l’exécutif et le législatif, mais aussi, subtilement, entre les intérêts économiques corporatifs et ceux des travailleurs. Les avocats représentant des industries pénalisées par les tarifs — notamment les importateurs de pièces spécialisées pour les PME — plaident que le président s’arroge trop de pouvoirs, au détriment d’une politique économique cohérente et démocratiquement débattue. Côté Maison-Blanche, l’administration Trump (qui reste active dans ces contentieux malgré sa position de candidat) défend une large marge de manœuvre en matière commerciale, citant l’incertitude géopolitique croissante.
Si la Cour devait trancher en faveur d’une limitation des pouvoirs présidentiels en matière tarifaire, l’impact irait bien au-delà de Trump. Cela obligerait toute future administration — démocrate ou républicaine — à obtenir l’appui du Congrès avant d’imposer des politiques commerciales de grande envergure. Cela rendrait potentiellement plus transparente et plus prévisible la politique douanière, ce qui est généralement favorable aux entreprises… mais aussi à la population, qui absorberait moins de chocs brutaux dans le coût de la vie. Car dans cette bataille juridique, il ne s’agit pas que de constitution : il s’agit aussi de pain, de lait, de couches et de télévisions que les familles achètent chaque mois.
Reste à voir si la majorité des juges — dont certains ont été nommés par Trump lui-même — seront prêts à limiter l’héritage économique de celui qui les a promus. Mais une chose est claire : loin des discours protectionnistes simplistes, les droits de douane imposés sans garde-fous démocratiques risquent de peser plus lourd dans le portefeuille des Américains les plus précaires que sur les feuilles de route des multinationales. À court terme, ce sont rarement les usines qui ferment qui écopent le plus — ce sont les ménages qui paient plus cher leurs produits de tous les jours. Les juges suprêmes en décideront peut-être… avec un œil sur la Constitution, et l’autre, espérons-le, sur l’épicerie.





