Donald Trump a relancé cette semaine une vieille rengaine américaine : l’anticommunisme hystérique. En proclamant une « semaine de l’anticommunisme » en novembre 2025, il vise à rallumer les braises d’un maccarthysme réchauffé, empaqueté dans un patriotisme douteux. Derrière le vernis d’une posture morale contre les régimes « totalitaires », se cache surtout une manœuvre de division électorale. À un an des prochaines élections, le spectre rouge redevient utile pour rallier la droite dure, faire peur à la classe moyenne blanche, et diaboliser une gauche de plus en plus visible dans les luttes sociales aux États-Unis.
L’anticommunisme, c’est moins une doctrine qu’un outil tactique. Des Amériques du Sud des années 70 à la Corée du Sud contemporaine, il fut utilisé pour justifier répression, surveillance, et démantèlement des syndicats. Washington, qui se présente encore comme le phare de la démocratie, a pourtant soutenu des dictatures bien réelles sous prétexte de contrer le communisme illusoire. Aujourd’hui encore, des militants indigènes au Guatemala ou des dissidents au Maroc sont étiquetés « extrémistes » pour masquer des revendications socio-économiques pourtant légitimes. L’ironie étant que ceux qui dénoncent si bruyamment l’oppression ailleurs ignorent souvent la violence systémique chez eux.
Ce revival de l’anticommunisme n’est pas qu’un geste symbolique : il sert d’avertissement silencieux aux minorités, aux mouvements antiracistes, aux défenseurs climatiques. Quand la défense des biens communs devient « socialisme radical » et que le mot « solidarité » est suspect, toute alternative au capitalisme débridé est écrasée dans l’œuf. Un rapport d’Amnesty International publié ce mois-ci signale une hausse inquiétante des arrestations arbitraires d’activistes aux États-Unis, sous des lois floues sur la sécurité intérieure. Comme dans les dictatures post-franquistes ou les régimes post-soviétiques, criminaliser la gauche est un moyen vieux comme le monde de sécuriser le pouvoir.
La mémoire politique est, semble-t-il, volontairement sélective. Les ravages causés par l’ultralibéralisme et les ingérences américaines en Amérique latine ne sont jamais évoqués dans ces narratifs simplistes. De la Jamaïque à l’Afrique du Sud, des responsables politiques encore diabolisés comme « marxistes » ont en fait porté des projets de redistribution et d’égalité sociale dans des contextes postcoloniaux complexes. Réduire leurs combats à de simples adhésions idéologiques est non seulement injuste, mais dangereux. Cela nie aux peuples du Sud leur droit à écrire leur propre histoire économique et politique, sans l’étiquette obsédante du communisme imposée par l’Occident.
Le retour de ce type de rhétorique, recyclée à coups de slogans bien huilés, nous rappelle combien nos débats restent piégés dans les dualismes du XXe siècle. Entre-temps, les crises globales — climatiques, migratoires, économiques — exigent des réponses collectives et transnationales, pas des épouvantails d’un autre temps. Comme le disait récemment une militante équatorienne : « Si rêver d’une société plus juste fait de moi une communiste, alors que soit. » Dans un monde où l’inégalité est le vrai dogme dominant, on comprend que rêver doit aussi parfois passer pour une menace.





