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Zohran Mamdani, ou la revanche silencieuse des diasporas

Quand un élu new-yorkais d’origine ougando-indienne, musulman, socialiste et farouchement pro-palestinien devient la bête noire de l’establishment israélien et des conservateurs occidentaux, on est obligé d’en prendre note — et pas seulement depuis Manhattan. La réélection de Zohran Mamdani dans le Queens ne raconte pas simplement une joute locale ; elle cristallise l’internationalisation d’un clivage idéologique où les lignes de front se dessinent bien au-delà des frontières américaines. Derrière lui, des figures comme Ada Colau à Barcelone, Hamza Abdi Barre à Mogadiscio ou encore Kaïs Saïed à Tunis (dans son versant populiste de gauche originel) émergent comme épicentres d’un même séisme : la ville comme rempart postcolonial contre les logiques d’apartheid globalisées.

Il faut lire la réaction israélienne — quasi-diplomatique dans sa virulence — comme un symptôme. Accuser Mamdani d’« antisémitisme » pour son engagement envers les droits des Palestiniens revient moins à questionner ses propos qu’à instaurer une police mondiale de la pensée. On assiste, in vivo, à la mondialisation d’un déplacement raciste : tout soutien aux peuples opprimés dans le monde arabe redevient suspect, à la lumière d’un prisme occidental qui tolère difficilement que des élus racisés puissent parler, sans filtre, de colonialisme — surtout quand il ne vient pas de leur propre pays. Et c’est là tout le paradoxe : ceux qui crient à la démocratie libérale sont les premiers à censurer ses expressions les plus populaires.

Mais c’est aussi là que réside le pouvoir de Mamdani. Dans les forums diasporiques — de Bamako à Lahore, de Molenbeek à Sfax — sa victoire est saluée comme celle d’un frère. Pas seulement parce qu’il est brun et musulman, mais parce qu’il incarne une reconfiguration radicale de la représentation : un élu ouvertement internationaliste qui ose lier le loyer, Gaza, le gentrification, les flics et le FMI dans le même souffle. On ne l’applaudit pas pour ses origines, mais pour sa clarté politique. Et dans un monde où la gauche balbutie souvent face au discours sécuritaire et identitaire, cette clarté est précieuse.

Tout comme la mairie populaire de Barcelone avait tenté — avec plus ou moins de succès — de construire un municipalisme contre-hegémonique, ce type d’élu n’est plus une anomalie, mais le fruit d’une conscience diasporique militante. Si Karachi débat de justice climatique et Tunis d’audit de la dette, c’est parce que les luttes urbaines tissent aujourd’hui des passerelles entre le logement au Queens et l’expropriation à Sheikh Jarrah. La “ville-monde” est redevenue un front politique, où la solidarité n’est plus seulement humanitaire, mais structurelle, presque logistique.

Reste à savoir si cette poussée cosmopolitique saura s’organiser en réseau. Pour l’instant, Mamdani est un symbole plus qu’un stratège global. Mais il y a là matière à bâtir : des conseils citoyens transnationaux ? Des jumelages insurgés entre quartiers populaires ? Les idées fusent. Une chose est sûre : face à la panique qu’il suscite, Zohran Mamdani prouve qu’on peut être un élu municipal tout en déstabilisant des récits impériaux entiers. Et ça, ça mérite d’être célébré — de Rabat à Ridgewood.

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