Quand Randy Fine, figure républicaine de Floride, déclare que les musulmans américains représenteraient une menace intérieure, il ne parle pas seulement à son électorat local : il alimente une rhétorique nationale déjà saturée de soupçons, de fantasmes et d’amalgames. Ces sorties ne sont pas des accidents verbaux, mais des signaux envoyés à une base radicalisée pour laquelle la sécurité se confond désormais avec l’exclusion.
Cette flambée verbale s’inscrit dans la montée d’une droite identitaire qui a fait de la peur un instrument politique. Des think tanks conservateurs aux radios militantes, l’idée d’un « ennemi de l’intérieur » circule comme un mantra. L’histoire est vieille : sous d’autres latitudes, ce même récit a ciblé d’autres minorités. Aujourd’hui, il se recentre sur les musulmans, au point de devenir un pilier de la stratégie électorale républicaine.
Sur le terrain, les associations musulmanes américaines constatent déjà les effets. Le Council on American-Islamic Relations rapporte une hausse des incidents et des menaces, tandis que des familles hésitent à envoyer leurs enfants à l’école après chaque déclaration incendiaire d’un élu. Ce climat malsain ne tombe pas du ciel : il est cultivé, amplifié, manufacturé. Il transforme des citoyens ordinaires en suspects potentiels, et des voisins en cibles.
Les États-Unis ne sont pas une exception. Au Royaume-Uni, les conservateurs ont flirté avec les mêmes récits anxiogènes. En France, certains responsables politiques brandissent « l’islamisme » comme une menace permanente mais floue, instrumentalisée selon les besoins électoraux du moment. Partout dans le Nord global, la même mécanique opère : détourner l’attention des inégalités réelles en désignant un bouc émissaire commode.
Au fond, l’affaire Fine n’est qu’un symptôme : celui d’un pouvoir qui préfère manipuler l’imaginaire de la menace plutôt que répondre à la crise sociale qui secoue le pays. La peur devient alors une politique publique, une ressource renouvelable. Mais jouer avec le feu identitaire, c’est toujours oublier qu’il brûle d’abord les plus vulnérables — puis finit, tôt ou tard, par embraser la maison entière.





