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Accès aux soins de santé en région: trop peu, trop tard

Quand Sophie Tremblay, mère de trois enfants à Alma, a remarqué une masse suspecte au sein l’été dernier, elle a dû attendre sept mois avant d’obtenir un rendez-vous avec un médecin de famille. Sept mois d’angoisse, de nuits blanches, de recherches obsessives sur internet. « J’aurais pu mourir dans ce délai », confie-t-elle, la voix encore tremblante. L’annonce du gouvernement Fréchette d’investir deux millions de dollars dans un projet de l’Université du Québec pour attirer des médecins en région sonne comme une bonne nouvelle. Mais pour Sophie et des milliers de Québécois en région, c’est une goutte d’eau dans un océan de besoins criants.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 800 000 Québécois n’ont toujours pas accès à un médecin de famille, et cette réalité frappe particulièrement fort en région. À Rimouski, à Sept-Îles, en Abitibi, les salles d’attente des urgences débordent de patients qui n’ont nulle part ailleurs où aller. Marc Gendron, proche aidant de sa mère atteinte d’Alzheimer à Matane, doit parcourir 180 kilomètres aller-retour chaque fois qu’elle a besoin d’une consultation spécialisée. « Je perds une journée de travail à chaque fois, sans compter l’essence et l’usure sur ma voiture. Mais surtout, je la vois s’épuiser dans ces longs trajets », raconte-t-il, les larmes aux yeux.

Derrière cette crise se cache une réalité structurelle que deux millions de dollars ne peuvent résoudre : l’exode massif des médecins vers les grands centres urbains. Les jeunes diplômés en médecine choisissent massivement Montréal, Québec ou Laval, attirés par de meilleures conditions de travail, des infrastructures modernes et une vie sociale plus dynamique. Mais le problème va plus loin : notre système valorise les spécialités et la médecine hospitalière au détriment des soins de première ligne. Un médecin de famille en région gagne moins, travaille davantage et bénéficie de moins de soutien administratif qu’un spécialiste en ville. Sans compter le manque flagrant de planification gouvernementale qui aurait dû anticiper cette pénurie il y a une décennie.

Les conséquences humaines de cette négligence sont dévastatrices. Des diagnostics de cancer retardés de plusieurs mois, comme celui de Sophie. Des diabétiques qui ne peuvent ajuster leur médication à temps. Des personnes âgées hospitalisées pour des problèmes qui auraient pu être gérés en première ligne. Louise Bélanger, infirmière à la clinique de Baie-Comeau depuis vingt ans, voit défiler chaque jour des patients désespérés. « On fait ce qu’on peut, mais on ne peut pas remplacer un médecin. Et on voit les gens se détériorer faute de suivi adéquat », explique-t-elle, épuisée par des années à colmater les brèches d’un système qui se fissure.

L’accès aux soins de santé ne devrait jamais dépendre du code postal. Pourtant, c’est exactement ce qui se produit au Québec en 2026. L’initiative gouvernementale mérite d’être saluée, certes, mais elle ne constitue qu’un timide premier pas. Ce qu’il faut, c’est un engagement durable et massif : revalorisation financière de la médecine de famille, bonification des conditions de pratique en région, création de véritables équipes multidisciplinaires, incitatifs réels pour retenir les médecins hors des grands centres. Sophie, Marc, Louise et des centaines de milliers de Québécois attendent bien plus que des annonces. Ils attendent un système qui reconnaît leur dignité et leur droit fondamental à la santé, peu importe où ils vivent.

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