Tariq-Ben-Salem_2026-06-11_cuba-asphyxiee

Embargo américain contre Cuba : l’île asphyxiée

Cent soixante-dix conteneurs d’aide humanitaire pourrissent quelque part entre l’indifférence et la bureaucratie impériale. Destination : Cuba. Raison du blocage : l’embargo américain, cette arme de destruction lente que Washington manie depuis plus de six décennies avec une constance sadique. Pendant que Pete Hegseth, le nouveau secrétaire à la Défense de Trump, parade à Guantanamo dans une mise en scène digne d’un film de propagande, des milliers de Cubain·e·s manquent de médicaments, de nourriture, d’équipements essentiels. L’ONU, impuissante, regarde ses cargaisons coincées par un blocus pétrolier qui transforme la solidarité internationale en vœu pieux. Voilà l’exceptionnalisme américain dans toute sa splendeur : on occupe illégalement un morceau de territoire cubain pour y maintenir une prison de torture, mais on empêche l’aide vitale d’atteindre la population de l’île.

Le contraste serait risible s’il n’était pas mortifère. D’un côté, Hegseth joue les durs à Guantanamo, cette enclave coloniale où les États-Unis violent le droit international depuis 1903, aujourd’hui transformée en symbole de leur guerre contre le terrorisme – lire : leur droit autoproclamé de torturer qui bon leur semble. De l’autre, une nation de onze millions d’habitant·e·s suffoque sous le poids d’un embargo que l’Assemblée générale de l’ONU condamne année après année, à une écrasante majorité. En 2023, 187 pays ont voté pour la levée du blocus. Deux contre : les États-Unis et Israël. Ce n’est plus de la diplomatie, c’est du mépris institutionnalisé, une punition collective qui ne dit pas son nom.

« Le blocus, c’est comme si on t’étranglait lentement en te reprochant d’avoir du mal à respirer », me confiait récemment un travailleur humanitaire qui a tenté d’acheminer des fournitures médicales à La Havane. Les sanctions extraterritoriales américaines terrorisent les entreprises, les banques, les transporteurs maritimes. Résultat : même quand l’aide existe, même quand elle est payée, elle reste coincée dans les limbes juridiques d’un empire qui préfère voir mourir des enfants plutôt que d’admettre l’échec de sa politique punitive. Le coût humain est vertigineux : pénuries chroniques, pannes d’électricité récurrentes, exode massif des jeunes, effondrement du système de santé pourtant reconnu mondialement avant l’intensification du blocus sous Trump et maintenu par Biden.

Et le Canada dans tout ça ? Ottawa, ce champion autoproclamé du multilatéralisme, se contente de votes symboliques à l’ONU et de déclarations molles. Pendant ce temps, nos entreprises continuent de naviguer dans les eaux troubles de la compliance américaine, évitant Cuba comme la peste de peur de représailles économiques. Trudeau pourrait hausser le ton, envoyer des navires canadiens charger ces conteneurs bloqués, défier ouvertement l’extraterritorialité illégale des sanctions américaines. Mais non. On préfère la prudence diplomatique, ce suicide moral à petit feu qui consiste à savoir qu’une injustice se commet et à détourner le regard en murmurant des préoccupations.

L’histoire jugera sévèrement cette époque où l’on a laissé un peuple être étranglé en direct, sous les applaudissements des faucons de Washington et le silence complice du reste de l’Occident. Cuba n’est pas parfaite, loin de là, mais aucun désaccord idéologique ne justifie cette cruauté systémique. Aucune posture sécuritaire ne légitime qu’on prive des millions de personnes de l’aide humanitaire la plus élémentaire. Le blocus américain n’est pas une politique étrangère : c’est un crime contre l’humanité qui se déroule au ralenti, un strangulation économique déguisée en fermeté géopolitique. Et chaque jour où il perdure, chaque conteneur qui reste bloqué, chaque enfant cubain qui meurt faute de médicaments disponibles trois cents kilomètres au nord, c’est une tache de plus sur la conscience de ceux et celles qui ont le pouvoir de dire non – et qui choisissent le silence.

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