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Féminicide au Québec : l’urgence d’agir

Un corps de femme gît dans un boisé de Lévis. Encore. Un homme est arrêté. Encore. Les policiers parlent de « mort suspecte », les médias de « tragédie », et nous, on sait déjà comment ça finit trop souvent : une autre vie fauchée dans un contexte de violence envers les femmes, un autre nom ajouté à la liste interminable des féminicides que plusieurs groupes tentent de documenter depuis des années. Combien faudra-t-il de corps retrouvés dans des fossés, des appartements, des sous-sols avant qu’on arrête de traiter ces meurtres comme des accidents isolés, des faits divers, des drames familiaux? C’est un pattern social, une violence systémique qui se répète et que notre refus collectif et politique de nommer pleinement contribue à perpétuer.

Chaque féminicide présumé porte la signature du même système patriarcal qui tolère, minimise et reproduit la violence contre les femmes. Ce n’est pas une crise de colère, ce n’est pas un « geste incompréhensible », c’est le produit d’une culture qui éduque encore trop souvent les hommes à contrôler, à posséder, à punir. Pendant que les groupes féministes crient dans le désert depuis des décennies, nos gouvernements continuent de multiplier les déclarations de circonstance sans mettre en œuvre l’ensemble des moyens réclamés par le milieu. Où est la stratégie nationale contre les féminicides? Où sont les investissements nécessaires pour les maisons d’hébergement qui refusent des femmes chaque semaine faute de place? Où est l’éducation obligatoire sur le consentement, les rapports égalitaires et les masculinités non violentes?

Le Québec se targue d’être progressiste, mais ses priorités budgétaires racontent une autre histoire. On trouve des centaines de millions pour des projets d’infrastructures, mais les ressources pour victimes de violence conjugale continuent de dénoncer un financement insuffisant. Les intervenantes sont épuisées, sous-payées, débordées. Les délais judiciaires s’étirent. Les ordonnances de protection ne valent souvent pas plus que le papier sur lequel elles sont imprimées lorsqu’elles ne sont pas appliquées efficacement. Et pendant ce temps, des femmes meurent. Pas dans des guerres lointaines, pas dans des catastrophes naturelles, mais ici, souvent tuées par des hommes qu’elles connaissaient, qu’elles aimaient parfois, dans une indifférence institutionnelle trop fréquente.

Il faut dire les choses crûment : chaque féminicide est aussi un échec collectif. Un échec de la prévention, de la protection, de la justice. Quand une femme meurt aux mains d’un conjoint ou d’un ex-conjoint déjà signalé, c’est tout le système qui a failli. Quand les lignes d’aide sont saturées, quand les refuges affichent complet, quand les tribunaux traînent pendant des mois, on crée les conditions pour que la violence s’amplifie et tue. Les féministes le répètent jusqu’à l’épuisement : la violence conjugale et les féminicides ne sont pas des problèmes privés, ce sont des enjeux de santé publique qui exigent une réponse d’urgence, massive, coordonnée et financée. Pas des demi-mesures, pas des projets pilotes, pas des comités d’étude de plus. De l’action. Maintenant.

Alors quoi faire face à ce nouveau corps retrouvé à Lévis? D’abord, nommer. Dire féminicide lorsqu’une enquête et les faits permettent de le conclure. Ensuite, exiger : une stratégie nationale dotée de vrais moyens, davantage de places en hébergement, une réforme judiciaire qui traite enfin la violence conjugale comme le crime grave qu’elle est, des programmes d’éducation dès le primaire, un financement pérenne pour les organismes communautaires qui font le vrai travail de terrain. Et surtout, refuser la résignation. Chaque fois qu’une femme meurt dans un contexte de violence masculine, c’est un appel à la mobilisation collective contre le système qui la rend possible. Organisons-nous, manifestons, dérangeons, jusqu’à ce que nos vies comptent autant que les budgets d’infrastructures. Parce qu’on ne devrait pas mourir d’être femme en 2025.

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