Donald Trump vient de nommer un ancien policier à la tête de l’ICE, l’agence fédérale chargée de l’immigration et des douanes aux États-Unis. Ce choix n’a rien d’anodin : il incarne la militarisation croissante de la gestion migratoire américaine, où la logique sécuritaire remplace toute approche humanitaire. En confiant cette agence à un profil issu des forces de l’ordre plutôt qu’à un expert en droit international ou en politique migratoire, Washington envoie un message clair : les migrants ne sont plus des personnes en quête de protection, mais des cibles à surveiller, arrêter, expulser. Ce glissement lexical et institutionnel rappelle tristement ce qu’on observe en Hongrie, en Pologne ou en Australie, où la frontière devient un terrain d’opération policière avant d’être un espace de dialogue.
Cette nomination s’inscrit dans une stratégie de terreur sociale savamment orchestrée. Selon plusieurs ONG américaines, dont l’American Civil Liberties Union, les descentes de l’ICE dans les quartiers latinos, les arrestations en pleine rue ou devant les écoles visent autant à expulser qu’à terroriser les communautés racisées. L’objectif ? Rendre la vie invivable pour dissuader toute nouvelle arrivée et forcer au départ ceux qui sont déjà là. On retrouve les mêmes mécanismes au Royaume-Uni avec la politique du « hostile environment » ou en Italie sous les gouvernements Salvini et Meloni : créer un climat où même les personnes en situation régulière n’osent plus recourir aux services publics de peur d’être dénoncées.
Le problème, c’est que cette approche repose sur un mensonge fondamental : celui que fermer les frontières réglerait les causes de la migration. Or, les crises climatiques, les guerres, les inégalités économiques mondiales ne disparaissent pas parce qu’on érige des murs ou qu’on envoie des policiers dans les quartiers. Au contraire, la fermeture pousse les gens vers des routes encore plus dangereuses, alimente les réseaux de passeurs, accroît la vulnérabilité des femmes et des enfants. Le HCR rappelle régulièrement que la majorité des demandeurs d’asile fuient des situations où leur vie est en danger — on ne dissuade pas la survie avec des arrestations.
Ce qui frappe aussi, c’est le contraste entre le discours sécuritaire et la réalité du terrain. Les États-Unis, comme le Canada d’ailleurs, ont cruellement besoin de main-d’œuvre dans l’agriculture, la construction, les services. Des secteurs entiers de l’économie américaine dépendent du travail de migrants sans papiers. Mais plutôt que de régulariser, d’intégrer, de protéger, on préfère maintenir ces travailleurs dans la précarité, les rendre invisibles et corvéables. C’est une hypocrisie économique doublée d’une violence institutionnelle : on exploite ceux qu’on prétend rejeter.
Il est temps d’appeler les choses par leur nom : cette politique n’est pas une politique migratoire, c’est une politique de contrôle racial et de maintien des inégalités globales. Partout dans le monde, du Mexique à la Méditerranée, de l’Australie à la Manche, les mêmes logiques sont à l’œuvre. Elles ne résoudront rien tant qu’on refusera de s’attaquer aux causes profondes des déplacements humains — et tant qu’on continuera à traiter la mobilité comme un crime plutôt que comme un droit. La nomination d’un policier à la tête de l’ICE n’est qu’un symptôme de plus d’un système malade, incapable de penser l’altérité autrement que par la coercition.





