On nous annonce une canicule comme on annoncerait la météo du week-end. Quelques degrés de plus, quelques feux de forêt par-ci, des orages violents par-là. Circulez, il n’y a rien à voir. Sauf qu’il y a tout à voir : ce n’est plus une anomalie, c’est le nouveau régime climatique. Et ce régime-là ne frappe pas tout le monde de la même façon. Pendant que les mieux nantis se réfugient dans leurs condos climatisés, les travailleurs de la construction suent sous 35°C, les personnes âgées s’étouffent dans des logements sans ventilation, et les sans-abri cherchent désespérément un coin d’ombre qui n’existe plus. Les îlots de chaleur ne sont pas des accidents géographiques : ce sont des marqueurs d’injustice sociale gravés dans le béton.
La rhétorique de la « résilience » est devenue l’arme favorite des gouvernements qui refusent d’agir. On nous dit de boire de l’eau, de rester à l’intérieur, de « s’adapter ». Comme si la responsabilité de survivre à un climat devenu hostile devait reposer sur les épaules de celles et ceux qui en subissent déjà les pires effets. Pendant ce temps, où sont les plans massifs de refroidissement urbain? Où sont les programmes d’urgence pour isoler les logements vétustes? Où est la protection réelle pour les travailleurs forcés de bosser dehors sous un soleil meurtrier? La résilience, quand elle sert à masquer l’inaction politique, c’est juste un autre mot pour abandon.
Ce qu’on refuse de nommer, c’est que l’adaptation au climat et la justice sociale sont le même combat. On ne peut pas parler de canicule sans parler de logement décent. On ne peut pas parler de feux de forêt sans parler de santé publique et de protection civile. On ne peut pas parler d’orages violents sans parler des quartiers mal desservis, sans verdure, sans infrastructure. Chaque vague de chaleur expose les failles d’un système qui a choisi le profit plutôt que la vie, l’étalement urbain plutôt que la canopée, l’individualisme plutôt que la solidarité collective.
Les réponses qu’on attend ne sont ni complexes ni utopiques. Des réseaux d’ombre en ville, des fontaines publiques, des centres de refroidissement accessibles 24/7, des programmes massifs de rénovation écologique des logements, des protections légales pour les travailleurs exposés à la chaleur, une planification urbaine qui place la vie humaine avant le rendement immobilier. Tout ça existe déjà ailleurs. Tout ça pourrait se faire ici. Mais il faudrait que nos gouvernements cessent de traiter la crise climatique comme un problème de communication et commencent à la traiter comme ce qu’elle est : une urgence de santé publique et de justice sociale.
La transition juste n’est pas un slogan pour brochure électorale. C’est une question de survie, littéralement. Chaque été qui passe sera plus chaud que le précédent. Chaque canicule fera plus de morts, surtout parmi les plus vulnérables. On peut continuer à faire semblant que c’est normal, que c’est gérable, que chacun doit se débrouiller. Ou on peut enfin nommer ce qui se passe : un effondrement climatique qui exige une mobilisation à la hauteur. Pas demain. Maintenant. Parce que la chaleur, elle, ne négocie pas.





