Québec solidaire vient de lâcher une grenade dans le débat sur la crise du logement: taxer à 100 % les gains en capital des spéculateurs immobiliers. Oui, vous avez bien lu. Cent pour cent. Pour celles et ceux qui achètent des immeubles comme on joue au Monopoly, qui expulsent des familles pour transformer des trois et demi en Airbnb de luxe, qui font flamber les loyers pendant que des gens dorment dans leur auto, la party est finie. Cette mesure radicale? Elle répond à une crise elle-même radicale. Pendant que le taux d’inoccupation à Montréal frôle le 1 %, que des seniors se retrouvent à la rue et que des jeunes vivent à quatre dans un appartement pourri, une minorité s’enrichit grassement sur nos besoins les plus fondamentaux. Le logement n’est pas une commodité. C’est un droit.
La proposition de QS est simple et chirurgicale: si vous achetez un immeuble pour le revendre rapidement et empocher le profit sans y habiter, sans y construire quoi que ce soit de valeur sociale, l’État récupère la totalité du gain. Pas 50 %, pas 75 %. Tout. Parce que ce gain-là, il ne vient pas de votre travail, de votre talent ou de votre contribution à la société. Il vient de la rareté organisée, de la spéculation entretenue, de l’exploitation systémique d’un besoin humain universel. Ces investisseurs transforment nos quartiers en machines à cash, chassent les locataires de longue date, alimentent la gentrification et la destruction du tissu social. Ils ne méritent aucune pitié fiscale. Ils méritent qu’on leur coupe les vivres.
Évidemment, les hurlements ont déjà commencé. On nous dit que c’est « excessif », que ça va « tuer l’investissement », que c’est « punir la réussite ». Foutaises. Ce qui est excessif, c’est qu’un studio à Montréal coûte 1 200 $ par mois pendant que le salaire minimum peine à suivre. Ce qui tue, c’est l’itinérance qui explose, ce sont les familles qui se serrent la ceinture pour payer un toit décent. Ce qui punit, c’est un système où l’enrichissement d’une poignée de parasites passe avant le droit de chacun·e à un chez-soi. L’investissement qu’on veut, c’est celui qui construit du logement social, qui rénove sans expulser, qui respecte les communautés. Pas celui qui fait du cash sur notre dos.
Comparez les deux réalités: d’un côté, des propriétaires qui enchaînent les acquisitions, qui surfent sur la hausse artificielle des prix, qui flippent des buildings comme des cartes de hockey. De l’autre, des locataires qui s’endettent, qui déménagent sans cesse, qui renoncent à fonder une famille ou à poursuivre leurs études parce que le loyer bouffe tout. D’un côté, des gains en capital juteux et non imposés. De l’autre, des vies en suspens, de l’anxiété chronique, de la précarité structurelle. Ce n’est pas un débat économique abstrait. C’est un choix de société: est-ce qu’on protège les profits ou les personnes? Est-ce qu’on laisse le marché libre transformer nos villes en parcs d’attractions pour riches, ou est-ce qu’on reprend le contrôle collectif de nos ressources essentielles?
L’immobilier n’est pas un casino. Ce n’est pas une plateforme de day trading où on mise sur la misère des autres. C’est le plancher sous nos pieds, le toit au-dessus de nos têtes, l’ancrage qui nous permet d’exister, de travailler, d’aimer, de lutter. La mesure de QS est une rupture assumée avec des décennies de laisser-faire criminel. Elle dit: assez. Assez de traiter le logement comme une marchandise. Assez de sacrifier la dignité humaine sur l’autel du profit. Assez de regarder ailleurs pendant que nos villes brûlent. Taxer à 100 % les gains en capital des spéculateurs, ce n’est pas radical. C’est le strict minimum pour commencer à renverser la vapeur. Et si ça fait mal aux vautours, tant mieux. Qu’ils aillent spéculer ailleurs. Nous, on a des gens à loger.





